AU TRESORIER DE L'ESPARGNE
Je sçay, Moreau, les affaires de France ; Je sçay combien nostre Prince a souffrance D*argent (le nerf des cuerres), et fentens Crier au camp les soldats maNcontens ; J'oy d*autre part la province affligée D'imposts ('), tributs, et de tailles mangée, Qui aonne sang et entrailles au Roy, A longs souspirs se lamentant dequoy Rien n'est payé, sans que pourtant on laisse De la charcer d'une angoisseuse presse ; Comme le fleuve en la marine court, Tout cest argent tire devers la court.
La court qui est comme un homme hydropique, Qui plus il boit, plus la soif domestique Le fait reboire, et si n'en est nourry ; Car son foye est ulcéreux et pourry,
aui ne sçauroit digérer son breuvage ; iiis le tournant en très-mauvais usage, Bouffit le corps, qui toutefois n'est pas, Estant enflé, ou plus sain, ou plus gras ; Ainsi pour voir les esponges ventreuses De nostre court, en argent plantureuses, Grosses de biens, il ne faut pas penser
gue pour cela leur soif vueiUe cesser.
Fus ils en ont, plus se plaignent et deulent, (*) Plus sont enflez, plus d'enfleures ils veulent. Il faut chasser quelques Italiens,
1 . Ce fut sous le règne de ce Roy qu'on commença à donner des advis.