‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 173 sur 216 · VERS HEROÏQUES · texte numérisé non relu

VERS HEROÏQUES

on Odet, mon Prélat, mon Seigneur, mon

confort , ÎMon renom, mon honneur, ma gloire, mon

^ I support .

use, mon Phœbus, qui fais ma plume escrire.

Qui animes ma langue et réveilles ma lyre.

Et qui moins envers moy ne te monstres humain Que fit envers Maro ce Mecenas Romain ; Pren, s'il te plaist, icy deux presens tout contraires, L'un que j'offre pour toy, et rautre pour tes frères :

276 Le Recueil

C'est mon livre et ma vie, et tout ce que jamais Ma plume en ta faveur escrira désormais, Laouelle ne sçauroit ( bien qu'elle sceust p^r&ire Mille œuvres en ton nom ) à l'honneur satisfaire Que je reçois de toy, sans l'avoir mérité; Et serois bieii ingrat si la postérité Ne cognoissoit d Odet le nom tres-venerable, Et combien un Ronsard luy estoit redevable, Publieur de son lôs qui jamais ne mourra.

Or ma plume escrira tout ce qu'elle pourra (Que la troupe des Sœurs n'a jamais abusée).

Puis, quand je la verray de te louer usée, J'irav trouver ton frère, ou François, ou Gaspard, Au front d'une bataille ou dessus un rampart; Et là, changeant ma plume en quelque grande pique, Hardy, je me ru'ray dans la presse oellique Pour mourir vaillamment à leurs pieds estendu. Ayant d'un coutelas le corps outre-fendu; Et si n'auray regret que ma vie s'en-aille Pour eux, soit que je meure au fort d'une bataille, Soit gardant une ville, au haut des bastilloqs. Afin que vif et mort je sois aux Chastillons.

(is6o.)

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