‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 19 sur 216 · A sçavoir, les croix de Lorraine · texte numérisé non relu

A sçavoir, les croix de Lorraine

2. Rayé d'or et d'argent. C'est ainsi que Virgile descrit les armes des soldats d'Enée.

)o Les Poèmes.

Auprès du hausse*col le Pape Urbain (*) estoit En blanche barbe peint, qui grave admonestoit Les Roys chrestiens de faire aux Sarrazins la guerre, Et de Hierusalem le saint royaume acquerre.

Sa robe estoit de pourpre, et de replis bossus Fait d'argent son rochet treluisoit par dessus. [Dessous à plis ondez fait d'une toile blanche Son sourpehs couloit jusqu'au bas de la hanche.] (*) Vis à vis de ce Pape engravez en or fin Tressailloient d'allégresse Eustache et Baudouin, (*) Et le comte de Flandre, et faisoient de leur teste Un signe d'obeïr à sa juste requeste.

Là le duc Godefroy d'un art laborieux, Embossé dans l'acier, vendoit devotieux Verdun, Mets et Buillon, et d'un brave courage Ainsi qu'une tempeste amenoit un orage De soldats tous armez. Le fer qui gemissoit Sous le pied des chevaux, d'effroy s'y herissoit. [Au milieu des soudars la sanglante Bellonne D'un fer rouillé pourtraite horriblement félonne Erroit avec discorde, et d'un fouet sonnant Alloit de ses guerriers les cœurs époinçonnant.]

Autour du corselet, dessus les teintes plaines De rOcean voguoient trois cens navires pleines De chevaliers croisez ; et de la juste mort Du payen Corborant rougissoit l'autre bord.

Là vaincus s'eslevoient en graveure bossée, Les grands murs d'Antioche et les murs de Nicée,

1 . C'estoit le Pape, sous lequel Godefroy de Buillon fit là croisade.

2. Ces deux vers sont dt i $84. Ils manqvent dans l'édition de 1 560, et se trouvent pour U première fois dans celle de 1^7 h ^i^^i conçus :

A petits plis ondez de lin de couleur blanche Qui empoisé pendoit du col jusqu'à U hanche.

J . C'estoient deux fils de Godefroy qui vendit Mets, Buillon et Verdun, qui estoient de Lorraine, pour faire la croisade.

LlYRS PREMIER. ^1

Ceux de Tyr et Sidon, et là ce Godefroy De toute la Judée estent peint comme Rjoy.

Puis il saisit auprès sa merveilleuse targe Forte, massive, dure, en rondeur aussi large

gu'est un soleil couchant, où du fils d'Anstor<') Ttoieat gravez les yeux en cent estoilles d'or.

Deux couleuvres d'acier dos à dos tortillées Trainant dedans le fer leurs traces escaillées, Couroient le long du bord, qui d'un col replié Ressembloient de couleur à cest arc varié Que Jupiter attache au milieu des nuages En voûte, pour servir aux hommes de présages.

Du muieu de l'escu Gorgone s'eslevoit Borgnoyant renfrongné', qui trois testes avoit Naissantes d'un seul col, et de chacune teste Grongnante vomissoit la foudre et la tempeste.

Là. comme Roy de Naple, estoit emburiné Charles, comte du Maine, et le bon Roy R^né, (*) Et tous les vieux combats que la maison Lorraine A faits sur le tombeau de l'antique Seraine.

Après il s'affubla d'un morion brillant Comme un long trac de feu, qui des champs va pillant Les espics déjà meurs, lors que panny les plaines Des laboureurs fraudez le ciel gaste les peines.

Haletant dans Pacier, Antée (') fut empremt Sur le haut de la creste, horriblement estreint Des bras courbez d'Hercule, et luy qui se travaille D'eschapper hors du ply de si dure tenaille, Enfle ses nerfe en vain, et tout accravanté Encor sur un genouil ioible se tient planté; Puis tout à coup il tombe, et de sa gueule bée Desgorge un panonceau. Puis il print son espée Au flambant emery. Le fourreau fat d'un os

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