‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 196 sur 216 · LE FRESLON · texte numérisé non relu

LE FRESLON

A REMY BELLEAU, Poète.

(j ui ne te chanteroit, freslon, ^^^ De qui le piquant aiguillon Releva Tasne de Silène, Quand les Indois parmi la plaine Au milieu des sanglans combas Le firent tresbucher à bas?

Bien peu servoit au vieillard d'estre De Bacchus gouverneur et prestre ; Captif ils l'eussent fait mourir, Sans toy qui le vins secourir.

Déjà la troupe des Menades, Des Mimallons et des Thyades Toumoit le dos, et de Bacchus Ja déjà les soldats vaincus Jetloient leurs lances enthyrsées Et leurs armeures hérissées De peaux de lynces, «et leur roy Déjà fuyoit en desarroy, Quand Jupiter eut souvenance Qu'il estoit né de sa semence.

Pour aider à son fils peureux, Il fit sortir d'un chesne creux De freslons une fiere bande, Et, les irritant, leur commande De piquer la bouche et les yeux Des nuds Indois victorieux.

^)2 GaYETKZ

A peine eut dit, qu'une grand'nue De poignans freslons est venue Se aesborder toute à la fois Oessus la face des Indois, Qui plus fort qu'un gresleux orage De coups martela leur tisage.

Là sur tous un freslon estoit Qui brave par Tair se portoit Sur quatre crand's ailes dorées ; En maintes lames colorées Son dos hiisoit par la moitié; Luy courageux, ayant pitié De voir au nnueu de la guerre Silène et son asne par terre, Piqua cet asne dans le flanc Quatre 6a cinq coups jm^ue» au sang.

L'asne. qnâ soudain se reveiUe, Dessous le vieillard fit merveille De si bien mordre à coups de dcns.

Ruant des pieds, que le dedails Des plus espesses embuscades Ouvrit en deux de ses ruades.

Tellement que luy seul tourna En fuite Thidois, et donna A Bacchus^ qui fliyoit, la gloire Et le butin de la victonie.

Lors Bacdms, en bea d» bienlait Que les freslons hiy avoient fait^ Leur ordonna pour recompense D'avoir à tout jamais puissance Sur les vignes,, et de manger Les raisins prests à veiidaager, Et boire du mousl dans la tonne En bourdonnant^ lors que Tautonne Amasse des cooiaux voisins Dedans le pressouer les raisinsy Et que le vin nouvcàn s'escoule Du pied du gacimir qui le (ûule.

ET Epigrammes. 3$3

Or vivez^ bien-heurettx £resloBs ; Tousjours oe kio^ vos aiguillons Et de BeUeau soient loin, à l'heure Que la vendange sera meure ; Et rien ne murmurez sinon Par Tair qgim de Belkau le nom^ Nom qui seroit beaucoup plus digne D'estre dit par la voix d'un cygne.

GAYETÊ III.

Une jeune pucéette, Pucelette grasseletté^ Qu'esperdument j'orne .mieux Que mon cœur n^ qfie mes yeux, Ala moitié de mx vie Esperdument asservie De son grasset eo-bon^point ; Mais fasché je ne suis point D'estre serf pour l'amour d'eUe, Pour Pen-bon-point de la belle Qu'esperdument f aime mieux Que mon cœur ny que mes yeux.

Las! une autre pucelette, Pucelette maigrelette, Qu'esperdoment j^'aime mieux Que mon coBur ny que mes yeux, Esperdument a ravie L'autre moitié de ma vie De son maigret en-bon-point.; Mais fasché )e ne suis point D'estre serf pour Tamour d'elle, Pour la maigreur de la belle

Ronsard. — VI. 2^

Gayetez

Qu'esperdument j'aime mieux Que mon cœur ny que mes yeux.

Autant me plaist la grassette Comme me plaist la maigrette, Et Tune à son tour autant Que l'autre me rend contant.

Je puisse mourir, grassette, Je puisse mourir, maigrette, Si )e ne vous aime mieux Toutes deux que mes deux yeux, Ny qu'une jeune pucelle N'aime un nid de tourterelle, Ou son petit chien mignon.

Du passereau compagnon.

Petit chien qui point ne laisse De faire importune presse Au passereau, qui tousjours A pour fidèle secours Le tendre sein de la belle, Quand le chien plume son aile.

Ou de travers regardant.

Après l'oiseau va grondant.

Et si je ments, grasselette.

Et si je ments, maigrelette.

Si je ments, Amour archer Dans mon cœur puisse cacher Ses flèches d'or barbelées.

Et dans vous les plombelees.

Si je ne vous aime mieux Toutes deux que mes deux yeux.

Bien est-il vray, grasselette, Bien est-il vray, maigrelette, Que l'appast trop doucereux Des hameçons amoureux Dont vous me sçavez attraire, Est l'un à l'autre contraire.

L'une, d'un sein grasselet Et d'un bel œil brunelet

ET Epigrammes. 3$5

Dans ses beautez tient ma vie

Esperdument asservie

Mais par dessus tout m'espoint Un grasselet en-bon-point, Une cuisse rebondie.

Une poitrine arrondie En deux montelets bossus, Où l'on dormiroit dessus Comme entre œnt fleurs decloses, Ou dessus un lit de roses.

Puis avecques tout cela Encor d'avantage elle a Je ne sçay quelle feintise, Ne sçay quelle mi^otise, Qui feit que je Taime mieux Que mon cœur ny que mes yeux.

L'autre maigre pucelette A voir n'est pas si bellette ; Elle a les yeux verdelets Et les tetins maigrtkts ; Son flanc, sa cuisse, sa hanche N'ont la chameure si blanche Comme a l'autre, et si ondez Ne sont ses cheveux blondez

Mais en lieu de beautez telles, Elle en a d'autres plus belles :

Un chant qui ravit mon cœur, Et qui dedans moy vainqueur Toutes mes veines attise; Une douce mignotise.

Un doux languir de ses yeux, Un doux souspir gracieux.

Quand sa douce main manie La douceur d'une harmonie.

Nifile mieux qu'elle au danser Ne sçait ses pas devancer Ou retarder par mesure ; Nulle mieux ne me conjure

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Ny les oncles sourcilleux, Ny les dangers périlleux,

8ui Tamour peuvent deftaire, auront puissance de faire.

Que tousjours je n'aime mieux Que mon cœur ny'que mes yeux L'une et Tautre pucelette, Grasseiette et maigrelette.

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