Livre premier
Chantant du trespassé la gloire et les valeurs. Réchauffe le corps froid d une tiède eau de pleurs^ Certes, de tels vaillans les louanges ne meurent, Et les fils de leurs fils tousjours louez demeurent Comme Dieux au vulgaire, et tousjours renommez Demeurent leurs tombeaux de mille fleurs semez. Oh ! si quelqu'un de vous en combatant évite La mort cent fois cherchée, et qu'ensemble il incite Son prochain compagnon à choquer vivement.
Ou vrayment à mourir Tarme au poing bravement, [Mon Dieu que de faveurs! mon Dieu que d'accolades Nostre bon Roy luy garde, et mon Dieu que d'oeillades Les dames luy feront, convoiteuses d'avoir Celuy qui si vaillant aura fait son devoir.] Le peuple par la rue honorera sa face.
Petits et grands, assis, debout, luy feront place L'honorant comme un Dieu, et n'aura son pareil, Premier en la bataille et premier au conseil.
» Le couard au contraire, enlaidy d'une honte, Ne sera rien sinon un populaire conte.
Et peut-estre banny de son païs natif.
Pour sa coùardeté vagabond et fuitif.
Portant ses fils au col, d'huys en huys ira querre Son misérable pain en quelque estrange terre. Et de haillons vestu, et privé de bon-heur.
N'osera plus hanter les gens dignes d'honneur; Et sa race à jamais, fust-elle décorée De nobles bisayeux, sera deshonorée.
» Pource soyez vaillans ; bien qu'il soit ordonné Par le cruel destin que tout ce qui est né Vestu d'os et de nerfs doit estre un jour la proye De la Mort mange-tout, et que mesmes à Troye Achille et Sarpedon, enfans des Dieux, n'ont pas, Non plus que fit Thersite, évité le trespas.
» Mourons, mourons, amis, il vaut mieux pour de- Nous et nostre païs l'âme vaillante rendre, [fendre L'âme vaillante rendre au dessus du rempart, D*un grand coup de canon faussez de part en part,
^6 Les Poèmes.
Ou d'un grand coup de picque accourcir nostre vie, Que languir vieux au lict mattez de maladie.
)) Courage donc, soldats, ne craignez point la mort ; La Mort ne peut tuer Thomme vaillant et fort; La Mort tant seulement par les combats vient mordre Je ne sçay quels couards qui n'osent tenir ordre. Tenez donque bon ordre, et gardez vostre ranc, Pressez l'un contre l'autre, et collez flanc à flanc, Pied contre pied fiché et teste contre teste. Bataillez bravement, et creste contre creste. Tienne le canonnier le canon comme il faut Droitement contre ceux qui viendront à l'assaut ; Bref, que chacun de vous à son estât regarde. Le halebardier tienne au poing sa halebarde, La pique le piquier, et le haquebutier Couché plat sur le ventre exerce son mestier.
» Et vous, Princes du sang, de qui la noble race Dés le premier berceau vous mspire une audace De mespriser la Mort, ce n'est pas vous qu'il faut Animer comme un peuple à qui le cœur défaut Voyant flamber le ter. Vostre natif courage Mieux que moy vous enseigne au martial ouvrage.
» Je parle à vous, soldats, mettez devant vos yeux De nostre nouveau Roy les faits victorieux :
Comme il a démarqué les bornes de la France (*) Pour les planter plus loin par le fer de sa lance ; Comme il a reconquis nos forts sur les Anglois, (*) Et comme Luxembourg obéit à ses lois.
Et comme tout le Rhin efFroyé de ses bandes Le confessa seigneur de ses eaux allemandes.
Puis vous souvienne aussi que ce brave Empereur Ne nous tient assiégez que par une fureur Naissant de desespoir d avoir veu nostre Prince Si avant maugré soy maistriser sa province; [Et que si on luy fait teste un jour seulement,