Livre premier
Que dés le lendemain s'et^ira laschement, tachetant use honte et à nous une gloire Dont le temps ne rompra de mille ans la mémoire.] Vous souvienne, soldats, en quelle adversité Seroit réduite, helas 1 ceste belle cité Si vous la laissez prendre, et combien violées De filles on verroit. et de maisons volées, Et combien de vieillards par levrs cheveux grisons, Seroient trainez dehors de leurs propres maisons, Et qui pis est, soldats, que de fiâmes éprises Enâammeroient d'autels, de couvents et d'églises j Qui pour destourner d'eux tant de maux inhumams, Ont commis leur salut à l'effort de vos mains. Ne les fraudez donc point d'une telle espérance, Monstrant à TEspagnol quelles mains a la France. [Et bien, soudars, et bien que le volage Mars Ait fait prendre mon frère entre mille nazards Souillé au san^ haineux ; ppurce la hardiesse Ne me refroidit pas, ains doublant ma prouesse. Pour tous deux anjourd'huy combatant d'un grand coeur Pour tous deux aujourd'huy je resteray vainqueur.] (a)
» Or si quelqu'un de vous m'apperçoit le visage Tant soit paWt de peur, ou faillir de courage. Je ne veux qu'en flattant il me vienne excuser, Ains je luv veux donner congé de m'accuser, (Ce que n advienne, à Dieu ! que l'un de vous me face); Car )e ne veux ici, non, non, tenir la place D'un Prince seulement, mais d'un simple soldart Couché tout le premier sur le front d un rempart. »
Ainsi parloit ton frère inspirant au courage Des siens, une prouesse, une horreur, une rage De combatre oostinez ; son panache pendant Terriblement courbé par ondes descendant
a. Var.
Et que Fortune femme aime mieux par raison Un jeune Roy vaillant quun Empereur grison.
58 Les Poèmes.
Sur le dos escaiilé, du haut de la terrace Effroyoit l'Espagnol d'une horrible menace.
Comme un brandon de feu le rond de son bouclair Eclatoit parmy l'air un monstrueux esclair, Non autrement qu'on voit une rouge comète Flammer sanglantement sous une nuit muette ; (a) Ou tout ainsi qu'on voit flamber le Sirien Au plus chaud jour d'esté, auand la gueule du chien Allumant tout le ciel d'une namme trop forte, Aux hommes et la soif et les fièvres apporte.
Voy donc, Prélat, que vaut un vaillant conducteur! L'Empereur frissonna d'une si froide peur Voyant ton frère armé, que sur l'heure, sur l'heure, Du tout désespéré de fortune meilleure, Tourna le dos honteux ; tant pour nostre salut Le magnanime cœur de ton frère valut!
Sur les bornes de Gaule affrontant sa jeunesse Aux desseins plus rusez de la grise vieillesse D'un si caut Empereur. lô, Prince Lorrain, Encore quelquesfois de ma trompe d'airain Je sonneray tes faits d'une longue Iliade ; Car ceux-là de Pericle et ceux d'Alcibiade N'égalent tes honneurs, ny le brave renom De celuy qui d'Afrique emporta le surnom, (*) Ny ton ayeul (*) qui veit ses fidelles armées S'orner sur le Jourdain de palmes Idumées.
a. Var. ; Enflamtr tout le ciel d'une crineuse crette;