Livre prehier
Au penser des fattuuins, sans peur les ont cognées
Dans les diaos d'un bronze et l'ont fait desgorger (a)
Une balle qui bruH si haut au desloger,
Qui court si tost par l'air que la terre en chancelle,
Que Tenfer s'en crevasse et prend clarté nouvelle,
Que la mer en tressant, et la voûte des cieuz
Eii craquetant se rompt dessous le pied des Dieux.
De quel gou-e de mort estoit digne cest homme Qui premier inventa le fer qui nous consomme? Qui premier artizan le canon pertuisa, Et sortir de sa^ gorge un tel foudre avisa?
Et qui veit sans pleurer rouer en tant de sortes Parmy l'air tant de bras, et tant de testes mortes? Ny la soif de Tantal', ny la rou' d'Ixion Ne suffiroient là bas à sa punition, Ny le vautour beccu, dont la griffe cruelle Pmce de Promethé la poitrine immortelle.
Par luy comme jadis on ne voit plus d'Hectors, D' Achilles, ny d' A|ax ; car les hommes phis forts Sont aujourd buy tuez d'un poltron en cachette A coups de harquebouze. ou à coups de mousquette.
Au temps qu'on batailloit sans fraude, main à main. On cognoissoit au fait celuy qui estoit plein De peur ou d'asseurance, et ne vouloit-on croire Que Thersite au combat meritast tant de gloire Qu'Achille en meritoit; mais Thersite aujourd'huy Tue Achille de loin et triomphe de luy.
Pourquoy, dhetih humains, avez-vous tant d'envie A grands coups de canons d'accourcir vostre vie? Vous mourez assez tost ; si tous pensez là bas Avoir autant qu'icy de plaisirs et d'esbas.
Ah ! vous estes trompez ; bien que l'unique fille De Cerés en soit Royne, en nul temps la faucille
a, Var. :
Au ventre des canons, les faisant dégorger *
42 Les Poèmes.
N'y coupe la moisson, ny aux coutaux voisins Jamais Éacchus n'y fait verdeler ses raisins, Mais bien tout à 1 entour la Mort palle y demeure, Tousjours un peuple gresie autour d'un lac y pleure, Ayant la peau bruslée, et les cheveux cendreux, Le visage plombé, les veux mornes et creux.
[Là vous serez punis ae vos fautes méchantes; Car là bas vos canons ni vos lames tranchantes Du jugement d'Eac ne vous pourront garder, • Ni tant soit peu de Dieu la aextre retarder. ]
fortuné celuy qui bien loin de la guerre (*) Cultive en longue paix l'usure de sa terre, Et qui jamais au lict ne se veit estonner D'ouïr au poinct du jour la trompette sonner ! Qui ne sçait quel mot c'est que cargue, camisade, Sentinelle, diane, escarmouche, embuscade; Mais qui plein de repos en la grise saison Attend au coin du feu la mort en sa maison.
Afin qu'il ait les yeux clos des mains de sa fille. Et qu il soit mis en terre auprès de sa famille. Non auprès d'une haye, ou au fond d'un fossé. Ayant d'un coup de plomb le corps outrepercé.
Mais que dis-)e, Brinon? qui n'auroit la manière De l'airam et du fer jadis mise en lumière, Et qui ne se seroit artizan avisé En tondant le canon de l'avoir pertuisé Et d'avoir acéré l'alumelle trempée.
Tu ne m'eusses donné ny dague ny espée, (Car le fer n'eust usage) et ne m'eusses, Brinon, Donné ny pistolet, ny rouet, ny canon.
Toutesfois je plains tant du commun le dommage, Que je voudrois (croy-moy) que celuy qui l'usage Trouva premier du fer. n eust jamais esté né. Et n'avoir eu tes dons ; car Dieu n'eust destoumé
I . Ces vers qui suivent sont imitez d'une des belles Odes d'Horace.