‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 25 sur 216 · LES ARMES · texte numérisé non relu

LES ARMES

A JEAN BRINON, Conseiller en Parlement.

Çj uiconque a le premier des enfers déterré ^^V^Le fer, estoit Brinon, luy-mesme bien ferré ; Luy-mesme avoit, ce croy-je, occis son propre père, Tué sa propre sœur, tué sa propre mère ; Luy-mesme avoit au soir à son hoste estranger Dessus la table offert ses enfans à manger ; Et ne croyoit qu'au ciel les Dieux eussent puissance (Car il n'en croyoit point) de punir soionence.

Que les siècles dorez à bon droict sont louez Sur les siècles de fer^ quand les glans secouez Des chesnes nourrissiers, et quand la douce ieine Paissoit le peuple oisif par les forests sans peine ; Et Quand dans les ruisseaux jusqu'à la rive pleins Les nommes tiroient l'eau dans le creux de leurs mains !

Alors on n'attachoit (pour les rendre plus seures) Des portes au;c maisons, aux portes des serrures ; Et lors on n'oyoit point ce mot de tien ne mien ; Tous vivoient en commun, cartons n'avoientqu'un bien. De ce que l'un vouloit, l'autre en avoit envie. Et tous d'accord passoient heureusement la vie.

Mais si tost que le fer par malheur fut trouvé. Qu'au fond de ses roignons Pluton avoit couvé Par tant d'espaces d'ans là bas dessous la terre. Au Jour avecques luy la discorde et la guerre Et le meurtre sortit, et sortirent dehors Ces mots de tue, assomme, et mille horribles morts.

40 Les Poèmes.

Le monde adono' fut plein de crime et de diffame; Le mary machina la poison à sa femme, Le fils tua son père, et le frère sa sœur, Et Thoste ne fut pas de son hoste bien seur.

Les peuples efîroyez de l'horreur des batailles. Flanquèrent leurs citez de fosse et de murailles; Car le peuple aux forests sans police espandu. De cramte en un monceau s'estoit déjà rendu.

Les plus forts exerçoient justice par les armes; (a) Le monde renversé n'oyoit que les alarmes Tonner de tous costez, et le volage Mars Tout sanglant forcener au milieu des soldars. Les geans serpent-piez sur les Dieux s'enhardirent, Les Lapithes armez les Centaures occirent, Thebe a cent portes veit ses deux Princes tuez, Et Troye à fleur de champ ses Pergames ruez.

Qui pis est, des humains les races trop cruelles N'ont pas fait seulement roidir en allumelles Le fer enfant du feu ; mais du ^rand Jupiter Ont osé par >c fer le tonnerre imiter, Et imiter sa foudre en du fer entonnée Bien d'une autre façon que ne fit Salmonée.

Ils ont fondu premier l'homicide métal, Souflé d'une furie au brazier infernal Que vomit Phlegethon ; ils ont mis en la fonte Le son, la peur, l'horreur, l'ire, et la flame profite Pleine de puanteur; ils ont après cherché Le soulfre que Nature aux yeux avoit caché Dans les veines de l'eau ; puis le long des murailles D'une estable porchère, ou dedans les entrailles D'une grotte relente, ou d'un mont reculé.

Ils sont allez chercher le salpestre gelé; Puis poudroyant en un ces drogues eslongnées

a. Var. :

Qui pour se maintenir au dos vestit les armes.

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