‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 29 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Et les plaisirs dont une douce amante Entre ses bras son damoiseau contente.

Puis Des-Autels au contraire, touché D'un beau trait d'œil autrement descoché, Chanta les maux qu'un patient endure Dans les posons d une maistresse dure.

Après Amour la France abandonna, Et lors Jodelle heureusement sonna, D*une voix humble et d'une voix hardie, La comédie avec la tragédie.

Et d'un ton double, ore bas ore haut, Remplit premier le François eschauifaut.

Tu vins après, encothumé Peruse, Espoinçonné de la tragioue Muse, Muse vrayment qui t'a donné pouvoir D'enfler tes vers, et grave concevoir Les tristes cris des misérables Princes A l'impourveu chassez de leurs provinces, Et d'irriter de changemens soudains Le Roy Creon (*), et les frères Thebains, (*) Ha cruauté I et de faire homicide De ses enfans la sorcière Colchide. (')

Peut-estre après que Dieu nous donnera Quelque hardv qui brave sonnera De longue haleine un poème héroïque; Quelque autre après la chanson bucolique, Ûun la satyre, et l'autre plus gaillard Nous sallera 1 epigramme raillard ; Car il nous aime, et si aime la France, Et tirera nostre langue d'enfance; Je dy pourveu que sa race, les Rois, VueiUent de grâce œiUader quelquefois

1 . Il y a eu deux Créons : Tun fut roy de Corinthe, qui donna sa fille Creuze en mariage à Jason; Tautre de Thebes, qui donna sa fille à Œdipe.

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