‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 45 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Le Chat cria d'un mianleax «iroy ; Je m'éveiilay comme tout hors de moy, Et en sursaut mes serviteurs j'aopelle; L'un allumoit une ardente chandelle, L'autre disoit que bon signe c'estoit Quand un Chat blanc son maistre reflatoit; L/autre disoit que le Chat solitaire Estoit la fin d'une longue misère.

Et lors fronçant les plis de mon sourci, La larme à l'œil je leur respons ainsi :

« Le Chat devin, miaulant signifie Une fescheuse et longue maladie, Et que long temps je gard'ray la maison, Comme le Chat oui en toute saison De son seijgneur le lo^s n'abandonne, Et soit printemps^ soit esté, soit autonne.

Et soit hyver, soit de jour, soit de nuit.

Ferme s'arreste et jamais ne s'enfuit, Faisant la ronde et la garde étemelle Comme un soldat qui lait la sentinelle.

Avec le chien et l'oye, dont la vois Au Capitole annonça les Gaulois.

» Autant en est de la tarde tortue, Et du limas qui plus tard se remue, Porte»maisons, qui tousjours sur le dos Ont leur palais, leur lict et leur repos, Leauel leur semble aussi bel édifice Qu un grand chasteau basti par artifice.

L/homme, de nuict songeant ces animaux.

Peut bien penser que longs seront ses maux ; Mais s'il songeoit une grue ou un cygne.

Ou le pluvier, cela luy seroit signe De voyager, car tels oiseaux sont pront' ; A tire d'aile ils reviennent et vont En terre, en l'air, sans arrester une heure.

» Autant en est du loup qui ne demeure En son bocage et cherche à voyager ; Aux maladifs il est bon à songer;

72 Les Poèmes.

' Il leur promet que bien tost sans dommage Sains et guaris feront quelque voyage.

1 Dieu, qui tout peut, aux animaux permet De dire vray, et l'homme qui ne met Créance en eux est du tout frénétique ; Car Dieu par tout en tout se communique. »

Mais quoy ! je porte aux fbrests des rameaux, En Tocean des poissons et des eaux^ Quand d'un tel vers, mon Belleau, je te flate, Qui as traduit du vieil poète Arate Les signes vrais des animaux certains.

Que Dieu concède aux ignorans humains En leurs maisons, et qui n'ont cognoissance Du cours du ciel ny de son influence, Enfans de terre ; ainsin il plaist à Dieu, Qui ses bontez eslargit en tout lieu, Et pour aimer sa pauvre créature, A sous nos pieds prosterné la nature Des animaux, autant que l'homme est fait Des animaux l'animal plus parfait. .

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