‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 44 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Qui vont monstrant d'un signe non obscur Soit ou mangeant, ou chantant, le futur.

Herbes et fleurs, et les arbres qui croissent En nos jardins, prophètes apparoissent ; J'en ay rexemple, et par moy je le sçay :

Enten Thistoire et je te diray vray.

Je nourrissois à la mode ancienne.

Dedans ma cour, une Thessalienne,

?ui autresfois pouf ne vouloir aimer ft ses cheveux en fueilles transformer, Dont la verdure en son printemps demeure. (*)

Je cultivois ceste plante à toute heure, Je Tarrosois, la cerclois et bechois Matin et soir : ah 1 trompé, je pensois M'en faire au chef une belle couronne ; Telle qu'un prince en récompense donne A son poète, alors qu'il a cnanté Un œuvre grand dont il est contenté, (a)

J'avois la plante au poinct du jour touchée ; Une heure après je la vis arrachée Par un démon ; une mortelle main Ne fit le coup: le fait fut trop soudain.

En retournant je vy la plante morte Qui languissoit contre terre en la sorte Que j'ay depuis languv dedans mon lit.

Et me disoit : « Le aémon qui me suit Me fait languir, comme une névre quarte Te doit blesmir. » En pleurant je m'escarte Loin de ce meurdre, et soudain repassant Je ne vy plus le tige languissant,

a. Var. ;

L'homme propose et le destin ordonne :

Cruel destin a mon dam rencontré,

Qui m'a de l'arbre et de mon so'm frustré.

I. Cette Thessalienne, c'est Daphné changée en laurier tandis qu'Apollon la poursuivoit.

70 Les Poèmes.

Evanouy comme on voit une nue S'évanouir sous la prompte venue [Ou de l'Autan ou de Bore qui est Balai de Tair^ sous qui le beau temps nait.

Le beau seram quand la courbe figure Du ciel d'azur apparoist toute pure. ]

Deux mois après un cheval qui rua, De coups de pied l'un de mes gens tua, Luy escrageant d'une playe cruelle Bien loin du test la gluante cervelle.

Luy trespassant m^appelloit par mon nom, Me regardoit, signe qui n'estoit bon: Car je pensay qu'un malheureux esclandre Devoit bien tost dessus mon chef descendre, Comme il a fait ; onze mois sont passez Que i'ay de mal tous les membres cassez.

Mais par-sus tous l'animal domestique Du triste Chat a l'esprit prophétique, Et faisoient bien ces vieux Egyptiens De l'honorer, et leurs Dieux qui de chiens Avoient la face et la bouche aboyante.

L'âme du ciel en tout corps tournoyante, Les pousse, anime, et fait aux hommes voir Par eux les maux ausquels ils doivent choir.

Homme ne vit qui tant haïsse au monde Les Chats que moy d'une haine profonde ; Je hay leurs yeux, leur front et leur regard, Et les voyant je m'enfiiy d'autre part, Tremblant de nerfs, de veines et de membre*.

Et jamais chat n'entre dedans ma chambre.

Abhorrant ceux qui ne sçauroient durer Sans voir un chat auprès eux demeurer ; Et toutesfois ceste hideuse beste Se vint coucher tout auprès de ma teste, Cherchant le mol d'un plumeux aureiller Où je soulois à gauche sommeiller ; Car volontiers à gauche je sommeille Jusqu'au matin que le coq me réveille.

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