‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 47 sur 216 · Livre PREMIER · texte numérisé non relu

Livre PREMIER

Te vont tramant d'une filace brune, Coup dessus coup, fortune sur fortune, Mal dessus mal, meschef d^essus mesdieL Qui sans t'occire est pendu sur ton chef.

Pour allonger ta misérable vie Qui par ton fils te doit estre ravie, Quand de son dard en un poison trempé. Sauvant tes bœuis, seras à mort frappé.

[Car tu ne doibs pour ton forfait extresme Mourir au lict, mais bien de la main mesme De ton enfant qui tel père occira, Et par ton fils le ciel te punira. ]

» Quoy? vagabond, que des Dieux la vengeance Poursuit par tout 1 est-ce la recompense Que tu me dois de favoir receu nu, Cassé, froissé à ce bord incognu.

Battu du foudre? helasi trop pitoyable, Je te fis part ensemble et de ma table.

Et de mon lict, homme mortel, et moy Sur qui la Mort n'a puissance ny loy, Fille à ce Dieu qui par tout te tourmente!

1 Que je vivois bienheureuse et contente Dedans mon antre, ah 1 avant que le sort Teust fait flotter à mes bords demi-mort, A calfourchons sur les aiz de ta proue.

Naufragé vif dont la vague se joue, Sans compagnons que les feux envoyez Du ciel avoient en ton lieu foudroyez.

Pauvres chetifs, oui furent sans leur faute , Punis pour toy, âme meschante et caute !

» Je devois croire au Dieu marin Proté, , Qui dés long temps, prophète, avoit chanté Que finement trompée je seroye Par un guerrier qui reviendroit de Troye, Qui auroit veu de la mer les périls, Auroit cogneu Antiphate et Eris.

Les Lestrygons et le borgne Cyclope Qui te mangea les meilleurs de ta trope.

74 Les Poèmes.

» En te voyant, aux signes qu'il disoit Je te cogneu ; mais Amour me nuisoit, Qui me gaigna dés la première veue ; Si que Tesprit, et Tâme toute esmeuc Et la raison, me laissèrent d'un coup, Et si voyois dedans tes yeux beaucoup De signes vrais que tu estois Ulysse, Homme meschant, artizan de malice.

» Aux jours d'esté, quand le soleil ardant.

De ses rayons la terre alloit fendant, La crevassant jusqu'au fond de son centre.

Tous deux assis dessous le frais d'un antre Où le ruisseau jazoit à l'environ, Ayant la teste au creux de mon giron, Moy t'accollant, ou baisant ton visage.

Je cogneu mieux ton malheureux courage.

» Car me contant qu'environ la mi-nuit Estant par toy Diomede conduit.

Tu destournas les beaux coursiers de Thrace, Tuas Dolon, que la Troyenne audace.

Avoit poussé pour sçavoir si les Grecs Voudroient combattre, ou s'ils hiiroient après Que la jeune Aube à la main saffranée Auroit au ciel la clarté ramenée.

» Puis me contant qu'en vestement d'un gueux Rebobiné, rapetassé, bourbeux.

Cherchant ton pain d'huis en huis à grand* peine, Entras en Troye et parlas à Heleine, Qui te monstra tous les forts d'Ilion, Te fit emblcr le sainct Pailadion, Et sain et sauf sortir hors de la ville.

» Puis discourant que l'enfançon Achille Receut par toy les armes en la main ; Puis me contant que les Greg[eois en vain Aux murs Troyens eussent fait mille brèches Sans Philoctete et ses fatales flèches.

Que tu trompas d'une parjure foy Voulant apprendre à Pyrrhe comme toy

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