Livre premier
D'estre méchant, ce au'il ne voulut faire, Te hayssant d'une araante colère, Cœur valeureux ; certes je previ bien Que ta finesse et toy ne valoient rieo, Et Qu'à la fin je serois abusée Du beau parler d'une âme si rusée.
» Que gemis-tu d'un souspir si amer, Les yeux tournez sur le dos de La mer, Enflant pensif de sanglots ta poitrine?
Fay ton bateau et sur la mer chemine!
Voila du bois et des outils assez Pour tes carreaux rudement compassez, Dont tu bastis ta barque naufragere Sans aucun art d'une main trop kgere.
» Va, marche, fuy où la mer et le vent Te porteront 1 j'espère que souvent.
Comme un plongeon, humant l'onde salée Je me voirray par mon nom appellée Pour ton secours ; mais deusses-tu mourir.
Je ne sçaurois sur l'eau te secourir; Car je n'av point dessur la mer puissance.
Bien aue fay pris de la mer ma naissance.
» Mais las 1 devant que cheoir en péril tel.
Il vaudroit mieux estre fait immortel Prés Calypson, dont un Dieu te sépare.
Que retcnler cet élément barbare Qui n'a point d'yeux, de cœur ny de pitié; Mais orageux et plein de mauvaistié Semble aux putains, qui contrefont les belles Pour estre après meurdrieres et cruelles, La mer qui sçait ainsi que toy piper Se fait bonnasse à fin de te tromper.
» Où est la foy que tu m'avois donnée Sous le serment du nopcier Hymenée,.
8uand dextre en dextre en jurant me prorais n lict certain qu'en oubly tu as mis, Et par le vent, autant que toy volage, Tu vas jetant le sacré mariage,
76 Les Poèmes.
Dont tu te ris en, te jouant de moy. Sans faire cas de Dieu ny de ta foy, Ny d'abuser de Thonneur des Déesses?
» Aussi tu dois sous cent vagues espesses, Poussé par force au rivage estranger, Plonger ton chef parjure et mensonger !
» Ah ! tu devrois non pas plonger ta teste^ Mais la noyer au fort de la tempeste, Et ceste langue apprise à bien mentir, Dont mainte dame a peu se repentir De l'avoir creue; et ne suis la première Pleurant ta bouche à tromper coustumiere.
» C'est quelque honneur tromper son ennemy, Ou soit qu il veille ou qu'il soit endormy,
Suand la guerre est par armes eschaufée; liis ce n'est mie à 1 homme grand trofée, Et grand honneur il n'a jamais receu De décevoir un cœur déjà deceu Par trop d'amour; bien petite est la cloire Quand Dieu, quand l'homme ensemble ont la vie- Sur une femme au cœur simple et bénin ; [toire (a) Un Dieu rempli de l'amoureux venin, Un homme caut qui trompe par finesse Non les Troyens, mais les plus fins de Grèce. » Puis que Mercure est descendu pour toy, Je ne te veux plus longuement chez moy !
Suy ton chemm ! ah ! pauvre infortunée Qui n'ay pouvoir dessus ta destinée ! (b)
a. Var. :
méchant Grec, bien petite est la gloire Quand deux trompeurs ensemble ont la victoire
b. Var. :
Suy ton chemin! cherche par le naufrage De tort paîs le sablonneux rivage!