Livre premier
Par les nazeaux, sur les tisons ronfloient, D'un lourd menton refrappant leur poitrine, Autour du feu qui lentement décline.
Quand le Satyre en Tantre vid seulets Prés des charbons sommeiller les valets, Pensant le somne avoir aux yeux du maistre Comme aux valets le doux sommeil fait naistre, Il entre en Tantre, et alloit par compas A pied levé doucement pas à pas.
Comme marchant sur le froissis d un verre Ou sur des clous, et non dessus la terre.
Aucunefois tout pensif reculoit, Aucunefois en avant il alloit, Se confiant en la nuict ténébreuse, Le noir manteau de sa fraude amoureuse.
Dessus un pied tantost il se tenoit, Tantost sur 1 autre, et de mains tastonnoit Ombres et inur; à la fin il rencontre.
Avec la main qui le chemin lu)r monstre.
Le bord du lict. où si bien arriva Que son désir ou premier coup trouva.
Mais en touchant la robe léonine, Retint la main, et sent en sa poitrine Un sang tout froid qui se glace de peur.
Et coup sur coup un battement de cœur.
Puis courageux a l'autre bord s'avance Fraudé de Pune et de l'autre espérance.
Après avoir d'Hercule retouché Le mol habit, prés de luy s'est couché, Levé sa cotte, et touche sa chair nue D'un poil espais horriblement pelue.
Luy qui sentoit une estrangere main, Fust estonné ; lole tout soudain A haute voix les serviteurs appelle Qu'on apportast une ardente chandelle Pour voir le fait: car tous les environs Estoient hantez de brigans et larrons.
Le feu venu. Hercule se colère.
86 Les Poèmes.
S'enfle de fiel ; vous l'eussiez ouy braire Parmy cest antre, ainsi qu'un grand taureau.
D'un coup de poing il cassa le museau Du Dieu bouquin, et d'une main cruelle De poil à poil tout le menton luy pelle, Et tellement s'en-aigrit de courrons, ^ Que l'estomac luy martela de coups.
Le paillard fuit dessus ses pieds de chèvre, Crachant glacé le sang à pleine lèvre, Et en hurlant d'une terrible vois^ Alla cacher sa honte sous les bois.
Que pleust à Dieu aue tous les adultères Fussent punis de semblables salaires !
Paillards, ribaux, et rufiens, qui font Porter aux jans (*) les cornes sur le front.
On ne voit plus qu'un fils ressemble au père, Faute, Candè, qu'on ne punist la mère Qui se desbauche, et qui honnit sa foy, Par la rigueur d'une severe loy.