‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 53 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

N'avons vertu sinon que sembler belles ; Nostre sexe est imbécile, inutil ; Cduy de Iliomme est robuste et subtil, Bon au conseil, sage au fait de justice, Vif aux combats, rusé pour la police, Et bref il est seul né pour commander ; Nous ne faisons sinon que nous farder, Coudre, filer et broder un ouvrage.

Et gouverner quelque maigre mesnage.

» Or si f avois vestu tant seulement Deux ou trois fois ton rude accoustrement, Je deviendrois amazone première.

Et te serois compagne plus guerrière.

» Donques, Seigneur, pour prendre passetemps, Ton fier habit preste-moy pour un temps, Ton brand ferré, ta peau Cleoneenne, Robe d'Hercule, et tu prendras la mienne. 1»

Luy qui n'eust peu luy refuser son bien Ainçois son cœur, respond : « Je le veux bien. »

Ainsi tous deux d'habillemens changèrent :

Mais les habits d'Iole ne logèrent Ce grand géant, ains par haut et par bas Rompoit la manche en y fourrant les bras ; Jusqu'à mi'Corps le ceignoit la ceinture.

Dessous ses ner& craquetoit la cousture A fil rompu, et les souliers faitifs D'un demi-pied luy estoient trop petits.

Il rompt carquans et chaisnes bien dorées, Car d un tel corps les forces honorées.

Par qui la terre en patience estoit.

Ne recevoient un haoit si estroit.

Elle vestit, sans en estre effroyée.

Du grand lion la peau non courroyée; Prit la massue, an! trop pesant fardeau, Et mal séant pour un bras damoiseau ; Si que marchant sous si horrible charge, La peau pour elle et trop longue et trop large, Courboit son dos et ses reias accabloit.

84 Les Poèmes.

Sous telle charge au page ressembloit, Qui jeune d'ans suit son maistre à la guerre^ La lance au poing, au flanc le cimeterre, L'armet au chef, qui trop grand et trop gros, Choque son front et lui rebat le dos.

A-tant la nuict qui d'ailes brunes vole.

Fit retourner Hercule et son lole; Ils vont souper, ils se couchent tous deux, Sans dévestir leurs habits monstrueux.

Là tout joignant estoit l'horreur d'un antre Où le soleil en nulle saison n'entre.

Sinon l'hyver, que son rayon tout droit Passe dedans et amortit le froid.

Pour donner vie et force et accroissance Aux belles fleurs qui là prennent naissance.

De vif tufeau tout à 1 entour estoient Des bancs sans art qui d'herbes se vestoient. Faisant d'eux-mesme une pausade aizée De poliot et de mousse frizée.

Tendre, houpue, et de trèfles qui font Naistre en leur fueille un croissant sur le front.

Auprès de l'huis, gardien de l'entrée.

Sonne un ruisseau à la course sacrée.

Où les Sylvains, où les Nymphes d'autour Se vont baigner et pratiauer l'amour Au chaud du jour, qilana Diane, ennemie De leurs plaisirs, dort es bois endormie.

Dessus la porte une lambrunche (*) estoit Qui de ses doigts rampante se portoit Sur un ormeau, et d'un large nieillage Faisoit à l'antre et aux ondes ombrage, Et au bestail qui s'y venoit cacher, Et d'un col lent son vivre remascher.

Là sur mainte herbe et mainte fueille tendre Les deux amans repos allèrent prendre.

Leurs serviteurs, qui le somne souffloient

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