I. Retroussant
88 Les Poèmes.
Uençraisserons de l'huile de Provence :
L'huile oui vient en nos vergers de France Rompt restomac et du tout ne vaut rien.
Voilà, Jamyn, voilà mon souverain bien, En attendant que de mes veines parte Geste exécrable horrible fièvre quarte Qui me consomme et le corps et le cœur.
Et me fait vivre en extrême langueur.
Tu me diras que la fièvre m'abuse, Que [e suis fol, ma salade, et ma Muse ; Tu diras vray, je le veux estre aussi, Telle fureur me guapit mon souci.
Tu me diras que la vie est meilleure Des importuns qui vivent à toute heure Auprès des Roys en crédit et bon-heur, En-orgueillis de pompes et d'honneur ; Je le sçay bien, mais je ne le veux faire ; Car telle vie à la mienne est contraire.
Il faut mentir, flater et courtiser, Rire sans ris, sa face desguiser Au front d'autruy, et je ne le veux faire.
Car telle vie à la mienne est contraire.
Je suis pour suivre à la trace la cour Trop maladif, trop paresseux et sourd, Et trop craintif; au reste je demande Un doux repos, et ne veux plus qu'on pende Comme un poignard les soucis sur mon front.
En peu de temps les courtizans s'en-vont En chef grison, ou meurent sur un coffre.
Dieu pour salaire un tel présent leur offre D'avoir gastè leur gentil naturel D'ambition et de bien temporel.
Un bien mondain qui s'enfuit à la trace Dont ne jouit l'acquéreur ni sa race, {a)
a. Var. :
Sans parvenir à la troisicsme race.