Livre premier
De fosse égalé et le pauvre et le grand, (4) Monstrant par là que la gloire mondaine Et la granaeur est une chose vaine.
Ahr<]ue me plaist ce vers Virgilian, Où le vieillard père Corycian Avec sa marre en travaillant cultive A tour de bras sa terre non-oisive, Et vers le soir, sans acheter si cher Vin en taverne, ou chair chez le boucher, Alloit chargeant sa table de viandes Qui luy sembloient plus douces et friandes Avec la faim, que celles des seigneurs Pleines de pompe et de fardez honneurs.
Qui desdaigneux de cent viandes changent Sans aucun goust, car sans faim ils les mangent. Lequel des oeux estoit le plus heureux?
Ou ce grand Crasse en escus plantureux.
Qui pour n'avoir les honneurs de Pompée Alla sentir la Parthienne espée, Ou ce vieillard qui son champ cultivoit.
Et sans voir Rome en son jardin vivoit?
« Si nous sçavions, ce disoit Hésiode, Combien nous sert la guimauve, et la mode De Taccoustrer, heureux Thomme seroit, Et la moitU le tout surpasseroit. »
Par ia moitié il entendoit la vie Sans aucun fard des laboureurs suivie.
Qui vivent sains du labeur de leurs doigts. Et par le tout les délices des Rois.
« La Nature est, ce dit le bon Horace, De peu contente, et nostre humaine race
a, Var. : 1578.
Ainsi la terre en mesme sépulture Met peaple et Roys par la loy de nature,
gui mère à tous sans nulle passion, è Van des deux ne fait élection.
92 Les Poèmes.
Ne quiert beaucoup ; mais nous la corrompons, Et Dar le trop la nature trompons. »
G^est trop presché, donne-moy ma salade ; Trop froide elle est (dis-tu) pour un malade.
Hé quoy? Jamyn, tu fais le médecin!
Laisse-moy vivre au moins jusqu'à la fin Tout à mon aise, et ne sois triste augure Soit à ma vie ou à ma mort future ; Car tu ne Deux, ny moy pour tout secours, Faire plus longs ou plus petits mes jours.
Il faut charger la barque Stygieuse :
La barque c'est la bière sommeilleuse Faite en batteau: le naistre est le trespas; Sans naistre icy l'homme ne mourroit pas ; Fol qui d'ailleurs autre bien se propose!
Naissance et mort est une mesme cnose.
DISCOURS
d'un amoureux DESESPERA ET DE SON COMPAGNON
QUI LE CONSOLE, ET d'AMOUR QUI LE REPREND. j
A SCEYOLE DE SAINCTE-MARTHÉ , , j
Poictevin, tres^xcellent poëte. j
LE DESESPERE COMMENCE. j
Dure beauté, ingrate et malheureuse.
Las! escoutez ma plainte douloureuse.
Et me voyez en mes larmes mourir.
Puis qu'autrement ne voulez secourir Le mal qu'Amour m'a gravé dedans l'ame, De tout mon corps ne taisant qu'une flame, Et qu'un glaçon vivement attise Du seul despit de me voir mesprisé.