‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 63 sur 216 · Livre premier. io · texte numérisé non relu

Livre premier. io

Escoute, amy : le ciel» par qui nous sommes.

Ne doit pas tant à la race des hommes Que de verser toute douceur icy Sur nos plaisirs sans mesler du soiicy.

Il n'y a chose au monde si heureuse, Que par malheur la trbtesse espineuse D^n soin mordant n'aigrisse, et ({ue son fiel De son aigreur ne corrompe le miel.

Mais quand le bien arrive après la peine, Il est plus doux, d'autant que l'ime pleine Des prenners maux, se laisse décevoir Du bien receu qui vient contre Tespoir.

Tu n'es pas seul qui pleures pour ta dame; Les plus gaillards remplis d'une belle ame, Princes et Roys, seigneurs chevaleureux, Ont souspiré leur travail amoureux.

Voy les beaux yeux de ta belle maistresse ; Voy le pouvoir de oe Dieu qui te blesse, De qui le coup par secrette langueur Venant des yeux s'endiame sous ton coeur ; Lors tu prendras en ton mal ptience, Me cogttoissant par ton expérience.

Ton mal te vient de ton propre meffait ; Je suis tout bon; je ne t'en ay point fait; Mais ta raison par les sens dépravée, A la beauté corporelle approuvée.

Non la céleste; aussi tu as receu Tous les tourmens d'un amoureux deceu.

Car moy qui suis de nature très-bonne, ïlnfant du del, ne veux nuire à personne, Mais profiter, tenant dessous ma main.

Comme un bon Roy, en paix le genre humain.

Je tiens le monde en paréiite alliance; Les elemens cognoissent ma puissance, Peuples, citez ne vivent que par moy, Et leur repos s'entretient par ma loy.

Je suis car tout, toute chose j'emorasse, Je fais de l'homme immortelle la race,

Le chatouillant doucement de mon trait, Pour se refaire et laisser son pourtrait.

Je suis des Dieux le meilleur interprète, Je suis devin, cabaliste et prophète; D'entre les Dieux et les hommes je suis Poste, courrier, et messager qui puis Porter au ciel aes hommes les prières, Porter à Thornme en cent mille manières Songes, advis et oracles de Dieu ; Car du grand air j'habite le milieu.

J'ay père et mère, et n'ay père ny mère; Aucunefois je pense avoir un frère, Quelquefois non; j'ay diverses les mœurs, Tantost je vy et tantost je remeurs, Jeune, vieillard, chaut, délicat et tendre; Comprenant tout, on ne me peut comprendre ; Car du grand Dieu l'immense charité Ne se comprend par vostre humanité.

Quand au haut ciel les âmes abaissées Dedans les corps languissent oppressées De la matière et du pesant fardeau, Je leur esclaire aux rais de mon flambeau ; Je les réveille et leur preste mes ailes Pour revoler es maisons éternelles, Par le bien-faict de contemplation.

Car de l'amour la plus belle action Est de rejoindre en charité profonde L'âme à son Dieu tandis qu elle est au monde.

Plus ta maistresse est belle, et d'autant plus Laissant ton corps impotent et perclus.

De vois hausser tes yeux outre la nue Pour voir le beau dont ta belle est venue ; Mais t'amusant à la beauté du corps.

Et aux couleurs qui plaisent par dehors.

Qui comme fleurs en naissant se fanissent.

As abaissé tes esprits qui languissent Lourds, engourdis d'un sommeil ocieux.

Sans envoyer ton âme jusqu'aux cieux.

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