Livre premier. ii
Se repentant^ pleio d'un souspir amer S'en-alla seoir sur le bord de la mer :
c Que suis-je? où suis^je? à pauvre misérable! Ainsi bkssé àrnnt plave incurable, Qui vais les champs oe mon sang remplissant?
Si d'un sanglier la défense en passant M'avoit navré, je prendrois patience ; Mais las ! helas ! mais c'est moy qui m'oSence. O folle crainte, ô superstition !
O statuts pleins d'abomination !
Religion venant d'âme mal-saine, Seule tu es la cause de ma peine 1
i En quelle erreur. Déesse, m'as-tu mis?
J'ay donc laissé père, mère et amis.
Voisins, parens, qui dispos soulois estre Sur mes égaux à bien courir le maistre, A bien luitter; maintenant je me pers Comme une me errant par ces déserts.
Plein d'une erreur et d'une peur frivole.
Je suv les pas d'une Déesse folle.
i Meschantes mains, pourquoy coupastes^vous De tout mon corps le membre le plus dous?
Meschantes mains bourrelles de ma vie, Que je vous porte et de haine et d'entie !
i Quand j'estois tout, je fu recommandé Pour estre beau; ores je suis ridé, Paile, défait, abominable, infâme.
Tout ensemble homme, et tout ensemble femme!
Et si ne suis ny l'un ny l'autre d'eux, Et toutefois mon corps est tous les deux.
i Adieu, palab de mon pere^ adieu, chasse.
Adieu, espieux, adieu, bons chiens de race, Adieu, le prix des couronnes qui sont L'honneur du sable, et l'ornement du front.
Que tant de fois (signe d'une main forte) râllois pendant à l'essueil de ma porte Pour honorer le front de ma maison !
• Adieu, pais, adieu, jeune saison,
ii6 Les Poèmes.
Adieu, amis, adieu, jeunes puceiies
Qu'on estimoit en beauté les plus belles,
Qui me souloient tant de fleurs envoyer ;
AHieu, plaisirs, je m'en vais me noyer! i A peme eut dit, que sa complainte ouie
Avoit frappé de Cybele l'ouie ;
Hors de son char en sautant dévala,
Et un lion de son joug détela :
« Va, généreuse et magnanime fere.
De ta grand' queue irrite ta colère
En te frappant deçà delà le flanc ;
Va où Atys a respandu son sang,
Prés de la mer sur le bord solitaire,
Qui fîiit mes lois, mon buis, et mon mystère.
» Dresse ton poil, tes yeux soient feux ardens; Tire ta langue un pied hors de tes dents, Et ce fuitif à mon troupeau r'ameine.
Cet homme-femme. » Ainsi dist Dindymene, Et le lion qui hérissa sa peau Fit revenir cet eunuque au troupeau.
Incontinent que Cvbele Tadvise, Elle eut pitié de sa folle entreprise.
Et le touchant en Pin lé transforma.
Arbre surdons que depuis elle aima, Ayant de luy la teste couronnée.
Ou soit qu'en pompe en son char soit menée Dessus la terre, ou soit qu'elle aille aux cieux Voir ses enfans. bonne mère des Dieux.
Je te salue, o Berecynthienne, Qui t'esjouis du nom ae Phrygienne; Conserve-moy d'erreur et de méchef ; Ta fureur puisse avertiner le chef De mes haineux, gardant saine ma teste!
Autres que moy soient prestres de ta feste, Initiez aux despens de leur chair; Ce n'est pas moy qui acheté si cher Un repentir : ah ! malheureuse envie.
Qui se fait grande au danger de sa vie !