Livre premier
Ainsi de tov les Grecs ont devisé, Qui par ta fable ont le peuple avisé, Ol>on Atys, qu'un philosophe sage Doit œmme toy estre un homme sauvage.
Se faire un Pin c'est fréquenter les bois, Fuîr citez, bourgades et bourgeois, Cybele aimer; elle ne signifie, A mon advis, que la philosophie.
Qui la première aux astres s éleva.
Leur fit des noms, et première trouva Leurs tours, retours, leur grandeur et puissance.
Pour tels bien-faits la Grégeoise prudence.
Philosophant et cognoissant cela.
Mère des Dieux ta Cybele appella.
Tu n'as coupé (ce n'est que poésie) Tes deux tesmoins; mais de ta fantaisie Tu arrachas folles affections.
Mondains plaisirs, humaines passions. Qui te troubloient, pour heureusement vivre.
Et contempler ta Cybele et la suivre.
L'homme est centaure; en bas il est cheval.
Et homme en haut; d'en bas vient tout le mal. Si la raison, qui est l'homme, ne guide Cest animal et ne luy tient la brioe.
Ainsi aue toy qui en toute saison Fis obéir les sens à la raison.
Adieu, Atys 1 si ceste vieille fable.
Que je te chante, au cœur t'est agréable.
Je ne requiers, pour tout loyer, smon Qu'au vent ton Pin puisse entonner mon nom.
»4e chante donc la cyme non muete D'un Pin parlant, non un mauvais poëte; Car j'aime mieux ces sifflemens divers Que le froid son de quelques meschans vers.
Ainsin, Cravan (*), je passe la journée
I . En 1 572, il y a dans le texte Crevant, bien que le titre porte Cravan. bans les éditions suivantes, on lit Odin,
ii8 Les Poèmes.
Lors que la fièvre en mon corps oncharnée Ronge mes os, succe mon sang; ainsi La Muse peut alléger le souci^ Et le malheur ne nous sçauroit tant poindre, Que la douleur en chantant rte soit moindre.