‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 89 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Le vent est bon. En la mesme façon ' '

Tomba d*un coup sous Tonde le garçon. ^ Sur ses genoux la Nymphe, qui est folle •

De trop d'amour, le flatte et le console;

Puis luy fit part de son lit amoureux

Et de son cœur, et d'homme malheureux

Fit à son corps une déité prendre.

Nul n'avoit peu le cri d Hylas entendre

Fors Telamon, qui la voix entendit

D'Hylas tombé; Hercule il attendit,

Puis le voyant de bien loin il rappelle.

Et souspirant luy conta la nouvelle :

« En attendant, cher amy, ton retour,

J'ay entendu deux ou trois fois autour

De mon aureille une voix lamentable,

Au cri d'Hylas totalement semblable; 1

Il est en peine, ou bien il s'est noyé.

Ou ta marastre a, despite^ envoyé

Quelque lion pour en tarar sa panse;

Bref, ton Hylas est mort, comme je pense. »

D aspre courroux le fiel luy bouillonna,

Jetta sa charge, et soudain retourna

Sur le rivage où la troupe éveillée

Faisoit lits d'herbe et tentes de fueillée.

Pour s'enquérir, en sanglotant menu.

Si Tendant Grec estoit point revenu.

Par tout il cherche et recherche et retourne. Revient, rêva, et jamais ne séjourne.

Mais quand il vit que l'eschanson Hylas Vers le logis n'avoit tourné les pas, Fit un grand cri ; il avoit l'âme atteinte D'une angoisseuse et misérable plainte.

Refrappant l'air de maint souspir profond. En gémissant comme les vaches font Quand par les bois appellent leurs genices.

Que le couteau des divins sacrifices A fait mourir, empourpré de leur sang.

Devant l'autel elles gisent de rang,

14a Les Poèmes.

A qui le cœur tremblote et les artères; L'air retentit dessous le cri des mères!

Tout furieux retourna dans les bois, Criant : « Hylas! » Une gresfettc vois Foible et sans force il cntirouït à peine, Qui luy respond ; la voix sembloit lointaioe, Et toutefois bien prochaine elle estoit; Mais Teau gardoit qu'à plein son ne sortoit, En Testoufant. Ce^pcndant par vallées, Par ronces, bois, par roches reculées .

Court et recourt pensant à son malheur, Quand vers le soir s'endormit de douleur.

Jason qui vit la nuict estre tombée.

Et le vent bon pour la voile courbée, Dresse les ponts, monte au vaisseau cognu, Croyant qu'Hercule y fust déjà verni.

Cfest art subtil se fit par la menée De Meleagre, enfant du grand Œnée, Qui, bien que tard, un jour se repentit, Quand le tison ses entrailles rostit.

Lequel éstoit envieux des victoires Et des labeurs d'Hercule aux fesses noires.

Comme il dormoit, du travail ennuyé, Ayant le col sur sa trousse appuyé, L arc d'un costé, de l'autre la massue, Voicy venir l'ombre gresle et menue Du jeune Hylas, oui secouant le chef De son Seigneur, luy conta son meschef:

« Mon seul Seigneur, qui fus mon espérance, Qui les vertus m'appris dés mon enfance, A fin qu'un jour je peusse devenir Grand comme toy, puis au ciel parvenir!

Puisant de l'eau pour te servir à table.

Une Déesse au visage amiable Happe mon bras et sous l'eau m'a tiré, Bien que ton nom j'eusse en vain souspiré En t'appelant ; mais quoy 1 la destinée Avoit ma vie à tel sort terminée.

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