‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 9 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

B Las! tout ainsi, belle âme fraternelle, (*)

Sii'estant volé sur la voûte éternelle, é feis seigneur du sceptre des Gaulois, Que ne m'as-tu de celle que je vois FiTit en mourant héritier de ta place, Pour embrasser ceste brûlante glace, Dont la froideur qui le cœur m'a blessé, Vaut tout l'honneur qu'icy tu m'as laissé?

Car sceptre, empire, et puissante couronne Ne valent pas le mal qu elle me donne; Mais pourquoy sens-je en mon âge imparfait Avant le temps le mal Qu'elle me fait?

» Le jeune amour, qu au fond du cœur je porte. M'apprend d'enfance à vivre en telle sorte.

Qui de ses dards, des hommes triomphans, BTesse d'un coup- et vieillards et enfans ; Mais plus l'enfant, leauel déjà commence Porter la fleur de sa olonde jouvence Sur le menton ; et qui commence aussi Porter au front un amoureux souci, Ayant le sans plus chaud que de coustume.

» Le grand amour qui les Princes allume.

M'a fait sentir au cœur devant le temps Ce qu'un grossier ne sent qu'à cinquante ans, En me faisant amoureux devant l'âge De vos vertus et de vostre visage.

» Puis il faudroit que je fusse un rocher, Si vivement je ne sentois toucher De vos beaux veux momâme toute esmeue ; Puis que si belle icy je vous ay veue^ Royne et ma sœur, et d'un regard si dous Tirer nos cœurs et nos yeux après vous.

» Mais dequoy sert, Royne, de me plaindre, Puisqu'à mon bien je ne sçaurois atteindre?

La parenté, l'alliance qui est Entre nous deux, grièvement me desplaist.

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