‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 91 sur 216 · LES PARQUES · texte numérisé non relu

LES PARQUES

A TRBS-VBRTUBUX SBIGNBUR

J. LOYS DE NOGARETH,

Duc d'EsparnoD, pair et colonel de l'infanterie de France.

|ejour quetu nasquis,les trois Parques chenues, #Fortune et la Vertu mam â main sont venues toanser à ton berceau, ett^ouvrans leur tetin,

ÎT'alIaictantet baisant, chantèrent ton destin :

« Enfant, qui prens du ciel ta naissance première, Voy ce jour qui te rit d'une belle lumière; Vien citoyen du monde, et tout en-astré d'heur. Porte au front dés le naistre un signal de grandeur; Crois donc pour surmonter toute fortune extrême, Ne cognoissant ou'un Roy, tes vertus,, et toy-mèsme.

» Si tost que la vigueur de Tâge qui permet D'endosser le harnois et d'affubler l'armet.

14S Les Poèmes.

T'aura fait artizan des raestiers de Bellonne

(Pour servir ton Henry, son sceptre et sa couronne),

Je te voy renverser chevaliers et soldars,

Et d'actes valeureux égaler le Dieu Mars ;

Je te voy de corps morts ensanglanter la place.

Je voy rouge ta main, rouge ta coutelace

Du sang des ennemis, et marchant le premier

Te couronner le front de palme et de laurier.

» Je te voy tout armé, de tes bandes armées D'un long ordre suivi, comme plis de fumées Entre-esclairez de feux et de brasiers espais, Qui se pressent l'un l'autre, et se suivent de prés.

i> Ou comme on voit en mer les entorses des ondes S'enfler dessous le vent, secondes sur secondes Suivre le maistre flot, qui bruyantes s'en-vont Se rompre d'un grand heurt contre le premier front D'un rocher opposé; ainsi suivront les bandes File-à-file tes pas, tant que tu leur commandes D'aller heurter le mur d un rempart ennemy Pour l'emporter d'assaut ; ou te suivre parmy L'escadron plus serré des troupes que la guerre Mettra devant tes mains pour en paver la terre.

» L'aigle de l'aigle naist ; le lyon généreux Engendre le lyon ; d'un père valeureux, Valeureux comme luy. tu as pris ta naissance, Et d'un Roy tu prenciras ta gloire et ta puissance.

» Mais quand les corcelets auront fait place aux loix, Et qu'au râteau la lance, et au croc les harnois Prendront froids et rouillez, et la divine race D' Astrée embellira les terres de sa face ; Alors durant la paix, plein d'un soin nompareil Je te voy le premier assister au conseil.

Les affaires a'Estat en ton esprit comprendre. Et des peuples les mœurs et la police entendre ; Afin qu en guerre armé, et en paix desarmé.

Tu sois chery du Prince, et des peuples aimé. Ministre des deux temps* car l'homme en vain s efforce, S'il n'estreint d'un lien la prudence et la force. »

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