‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 92 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

La Parque ainsi parla. La Vertu d*autrepart Jettant sur ton berceau doucement son regard. Enflant sa bouche ronde, inspira son haleine Sur toy . pour te remplir des biens dont elle est pleine ; Afin qu on ne vist point les peuples estonnez Des honneurs et des biens qui te seront donnez, Les ayant à bon droit par peine et par mérite, Et non par la faveur qui s'en-vole si viste.

Fortune vint après ; qui te prenant la main.

Et ton corps tenarelet réchaunant à son sein, Et ta boucne arrousant du laict de sa mammelle. Te dist : < Mon cher enfant ; car ainsi je t'appelle, D'autant que par sus tous tu m'es le plus à gré ; Quand mon heureuse main t'aura mis au degré Le plus haut des honneurs dont souvent je me joue. Je te sera^ constante, et casseray ma roue; Mes ailes je rompray en ta faveur, à fin

Sue ton crédit soit ferme, et ne bronche à la fin ; ais sans jamais bouger de ta place asseurée, Tu conserves ton lieu d'éternelle durée Jusqu'au jour que plein d'ans, des Muses protecteur, Tu retournes de terre à ton premier facteur. » A-tant sur ton berceau ces Déesses meslercnt Des roses et des lis, puis au ciel revolerent.

ijo Les POEMÈS.

Page 1