‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 127 sur 177 · LE REFUS · texte numérisé non relu

LE REFUS

CHANSON AI'tlESteKi; ,\V «.KXKHAI. MÉO.WiAM*

Air : Le premier du mois de Janvier.

Un ministre veut in enrichir.

Sans que l'honneur ait à gauchir, Sans qu'au Moniteur on m'affiche.

Mes besoins ne sont pas nombreux; Mais, quand je pense aux malheureux, Je me sens né pour être riche.

Avec l'ami pauvre et souffrant On ne partage honneurs ni rang ; Mais l'or, du moins, on te partage.

Vive For! oui, souvent, ma foi, Pour cinq cents francs, si j'étais rui< Je mettrais ma couronne en gage.

Qu'un peu d'argent pleuve en mon trou,

Vite, il s'en va, Dieu sait par où !

D'en conserver je désespère.

Pour recoudre à fond mes goussets.

J'aurais dû prendre, à son décès,

Les aiguilles de mon grand-père.

.VN» CUANSO.NS

Ami, pourtant gardez votre or. Las! j'épousai, bien jeune encor, La Liberté, dame un peu rude.

Moi, qui dans mes vers ai chanté Plus d'une facile beauté, Je meurs l'esclave d'une prude.

La Liberté! c'est, Monseigneur, Une femme folle d'honneur ; C'est une bégueule enivrée Qui, dans la rue ou le salon, Pour le moindre bout de galon, Va criant : A bas la livrée !

Vos écus la feraient damner.

Au fait, pourquoi pensionner Ma muse indépendante et vraie?

Je suis un sou de bon a loi ; Mais en secret argentez-moi, Et me voilà fausse monnaie.

Cardez vos dons : je suis peureux.

Mais, si d'un zèle généreux Pour moi le monde vous soupçonne, Sachez bien qui vous a vendu :

Mon cœur est un luth suspendu, Sitôt qu'on le touche, il résonne.

DK BKIi A Mi K II. 501

Page 1