‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 161 sur 177 · DEVENUS MINISTRES · texte numérisé non relu

DEVENUS MINISTRES

50 Qui, regrettant, son hôtel ou son chaume.

A l'époque où cette chanson fut faite, MM. Laftitte et Dupont (de l'Eure) faisaient encore partie du ministère.

st EMILE DEBRAUX.

Kmile Debraux est mort au commencement de 1851, à l'âge de trente-trois ans. Peu de chansonniers ont pu se vanter d'une popularité égaie à la sienne, qui, certes, était bien méritée. Les chansons île la Colonne; Soldat, Ven souviens-tu; Fanfan la Tulipe; Mon ptil Mhnile, etc., ont eu un succès prodigieux, non-seulement dans les guinguettes et les ateliers, mais aussi dans les salons libéraux.

L'existence de Debraux n'en resta pas moins obscure ; il ne savait ni se faire valoir, ni solliciter. Pendant la Restauration, il se laissa poursuivre, juger, condamner, emprisonner sans .«e plaindre, et je

ne sais si une seule feuille publique lui adressa deux mots de consolation. Souvent il fut réduit à faire des copies et à barbouiller des rôles pour nourrir sa femme et ses trois enfants.

Les sociétés chantantes, dites goguettes, le recherchèrent toutes, et je crois qu'il n'en négligea aucune. Si, dans ces réunions, Debraux se laissa aller à son penchant pour la vie insouciante et joyeuse, il faut dire que par des soins utiles elles adoucirent ses derniers moments, rendus si pénibles par une maladie lente et douloureuse.

Sa pauvre famille n'a obtenu que d'incertains et faibles secours dans la répartition faite par le Comité des récompenses nationales. Pourtant les chansons de Debraux, en contribuant à exalter le patriotisme du peuple, ont concouru au triomphe de Juillet, qu'à son Ut de mort il a salué d'une voix défaillante.

« POMATOWSKI.

Joseph Ponialowski, neveu du dernier roi de Pologne, né en 1766, servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1866 jusqu'à 1815. Après la bataille de Leipzig, Napoléon l'éleva au grade de maréchal de l'Empire, et lui donna le commandement d'un corps de Polonais et de Français, à la tête duquel il fil des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts de l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite, Poniatowski, resté à l'arrière-gardc et pressé de toutes parts par les troupes ennemies, rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s'écrie : Dieu m'a confié l'honneur des Polonais, je ne le remettrai qu'à Dieu. 11 tente de s'ouvrir un passage à travers le fleuve; mais, épuisé de sang et entraîné par les flots, il disparaît englouti. Ce n'est que quelques jours après que son corps fût trouvé sur les bords de l'Elster.

Cette chanson, celles de Hâlons-nous, du 14 juillet 1829, et A mes amis les ministres, furent publiées en 1831, au profit du Comité polonais. Elles étaient précédées d'une dédicace au général LafayettP, président de ce Comité et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace, trop longue pour être rapportée ici, se

trouvaient deux couplets qu'on me saura gré peut-être de donner, parce qu'ils sont un hommage au héros des deux mondes :

Sa vie entière est comme un docte ouvrage,

Par la vertu transcrit, conçu, dicté.

La gloire y brille ; à chaque jour sa page.

Point à'errata : tout pour la liberté.

De bien longtemps qu'à nos pleurs Dieu ne livre,

Si plein qu'il soit, le chapitre dernier,

Et qu'un seul mot constate en ce beau livre

Que le grand homme aima le chansonnier.

Comme il s'agissait de solliciter des secours d'argent pour la Pologne, j'ajoutais, sur l'air de la Sainte-Alliance des peuples :

Le Polonais de son shako civique Ceint votre front, ce front que tant de fois Obnuts, Paris, l'Europe et l'Amérique Ont vu si calme intimider les rois.

Lorsque je chante honneur, gloire, souffrance, Si dans les cœurs ma voix trouve un êVho, Pour recueillir l'obole de la France, Tendez votre shako.

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