‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 165 sur 177 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

J'ai connu ces deui jeunes gens, dont la fin a été si déplorable, l.cbras m'avait adressé quelques pièces de vers patriotiques. Sa constitution était faible et maladive, mais tout annonçait on lui un cœur honnête et bon. Malgré l'accueil que je lui fis à la Force, où il vinlmo voir, il cessa de me visiter après ma sortie. Je n'en puis donc dire que fort peu de chose. J'ai bien mieux connu Escoussc. C'est à la Force aussi qu'il vint me trouver, en m'apportant une fort jolie chanson que ma détention lui avait inspirée. Alors et depuis je lui prodiguai les marques du plus vif intérêt et les conseils de l'expérience. Peu déjeunes auteurs m'ont fait concevoir une meilleure ideo de leur avenir, moins-par ses essais que par le jugement qu'avec tant de candeur il en portait lui-même. Lors du succès de Farvch le Maure* il m'écrivit : Je me souviens de ce que vans m'avez dit ; ne craiyneï

rien. Mon triomphe ne m'a pas enivré. J'en ai été étourdi tout au plus cinq minutes.

Son mallieur fut celui qui menace plus ou moins aujourd'hui beaucoup d'hommes de son âge, dans l'espèce de serre-chaude où nous vivons. La raison d'Escoussc avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite sur un corps d'enfant n'est propre qu'à flétrir la jeunesse, quand cette précocité n'est pas le rare effet d'une organisalion particulière. Elle produit un besoin de perfection qui, ne sachant à quoi se prendre, désenchante la vie ù son plus bel âge. Je n'attribue qu'à une sorte de découragement la funeste résolution de ce malheureux et intéressant jeune homme. 11 y eut aussi fatalité pour Lebras et pour lui à s'être rencontrés avec des dispositions semblables. Loin l'un de l'autre, peut-être tous deux se fussent-ils soumis à leur destinée, qu'ils s'encouragèrent à terminer violemment.

Une feuille publique a accusé Escousse d'incrédulité absolue. Pour repousser cette accusation, je me crois obligé de citer les derniers mots de la lettre qu'il m'écrivit quelques heures avant l'exécution de son déplorable dessein : Vous m'avez connu, Béranger ; Dieu me permeUra-t-il de voir du coin de l'œil la place qu'il vous réserve làhaut?

Outre les drames de Faruch et de Pierre ///, Escousse a laissé des chansons d'un style un peu négligé, sans doute, mais empreintes des nobles sentiments et des pensées généreuses qui inspirèrent quelques actions de sa trop courte carrière.

On m'a raconté que, sur le point d'être surpris avec une {tersonrte que sa présence pouvait compromettre, il se précipita d'un second étage dans une cour pavée. Son dévouement lui porta bonheur; il n'en résulta pour lui ni blessure ni contusion.

En 1830, le 28 juillet, il se rendit de grand matin à la place de Grève, y combattit tout le joui , toute la nuit, et se trouva le leilde- ^iiiain à la prise du Louvre et des Tuileries. Après la victoire du peuplé, Escousse ne dit mot des dangers qu'il avait courus, et, quoiqu'il fût pauvre et sans appui, ne voulut jamais adresser de demande d'aucun genre à la Commission des récompenses nationales.

Et c'est à dix-neuf ans qu'il a volontairement mis lin à Une existence qui promettait d'être si belle et si féconde !

3<iO NOTES.

<" PRÉDICTION DE NOSTRADAMUS l'OUR i/an deox mil.

Ou.tnd les temps sont mauvais, les prophètes ont beau jeu. Michel du fSotiedamc, que nous nommons Nostradamus, vécut et mourut sous les derniers Valois. Né en Provence, d'une famille juive convertie, il étudia la médecine, et ses succès lui attirèrent un grand nombre d'envieux, qui le forcèrent de vivre quelque temps dans la retraite. 11 s'y livra à l'astrologie, maladie de l'époque, et publia, en 1557, les fameuses Centuries, qui lui ont valu la célébrité populaire dont son nom jouit encore. Elles sont écrites en vers barbares, même pour son temps, et d'un style tellement cnigmalique, qu'il semble plutôt cire le calcul du charlatanisme que le produit d'un esprit en délire. Aussi, à diverses époques, onl-e!les fait naître les interprétations les plus opposées et les plus absurdes. 11 faut convenir toutefois que, dans quelques-unes de ses prophéties, le hasard le servit assez bien pour qu'il ait pu étonner les esprits forts de son temps.

Catherine de Médicis voulut avoir des prédictions de cet astrologue, et le combla de présents et d'honneurs.

Nostradamus mourut à Salon, ou Ton crut longtemps qu'au fond tic son tombeau il ne cessait pas d'écrire de nouvelles prophéties ; ce qui ne manqua pas de produire un très-grand nombre de Centuries posthumes dignes de leurs aînées et non moins recherchées d'un public ignorant.

A sa mort, arrivée en 1566, Henri IV était dans sa treizième année.

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