‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 98 sur 177 · MES JOURS GRAS DE · texte numérisé non relu

MES JOURS GRAS DE

Ain : Dis-moi donc, mon p'lit llippolylc.

Mon bon Roi, Dieu vous tienne en joie ! Bien qu'en butte à votre courroux, Je passe encor, grâce à Bridoie**, Un carnaval sous les verrous.

Ici fallait-il que je vinsse Perdre des jours vraiment sacrés !

J'ai de la rancune de prince :

Mon bon Roi, vous me le paîrez.

Dans votre beau discours du trône 23 , Méchant, vous m'avez désigné.

C'est me recommander au prône, Aussi me suis-je résigné.

Mais, triste et seul, quand j'entends rire Tout Paris en joyeux émoi, Je reprends goût à la satire :

Vous me le paîrez, mon bon Roi.

Voyez, verre en main, bouche pleine, Tous déguisés de vingt façons, Mes amis m'oublier sans peine, Tout en répétant mes chansons.

Avec eux, ma verve en démence Eût perdu ses traits acérés.

J'aurais pu boire à la clémence :

Mon bon Roi, vous me le patres.

Vous connaissez Lise la folle, nui sur mes fers pleure d'ennui :

Ce soir même un bal la console :

« Bah ! dit-elle, tant pis pour lui ! j»

J'allais, pour complaire à la belle, Nous peindre heureux sous votre loi :

Serviteur ! Lise est infidèle ; Vous me le paîrez, mon bon lioi.

Dans mon vieux carquois où font brèche Les coups de vos juges maudits, Il me reste encore une flèche ; J'écris dessus: Pour Charles Dix.

Maigre ce mur qui me désole, Malgré ces barreaux si serrés, Lare est tendu, la flèche vole :

Mon bon Noi, vous me le pafrez.

Page 1