‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 101 sur 105 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

Âm : On dU partout que Je suit bête.

Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N'ai-je point sujet de pleurer?

Las! mon ami vient d'expirer.

— Tu vois là-bas une chaumine :

Cours vite en chasser la famine ; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, plainte nouvelle. Bonhomme, où ta blessure est-elle?

— Las ! il me faut encor pleurer :

Mon vieux père vient d'expirer.

Bis.

— Cours ! Dans ce bois on tente un crime :

Arrache aux brigands leur victime; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, peine plus grande.

Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las! j*ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer.

— Vois-tu le feu prendre au village !

Cours réteindre par ton courage;

Et perds en route, grain à grain.

Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, douleur extrême.

Bonhomme, on rejoint ceux qu'on aime

— Laissez-moi, laissez-moi pleurer:

Las ! ma fille vient d'expirer.

— Cours au fleuve : un enfant s*y noie.

D'ime mère sauve la joie;

Et perds en route, grain à grain.

Le noir chapelet du chagrin.

Plus tard enfin, douleur inerte.

Bonhomme, est-ce quelque autre perte?

— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer :

Las I je sens ma force expirer.

— Va réchauffer une mésange Qui meurt de froid devant ta grange; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Le bonhomme enfin de sourire, Et son oracle de lui dire :

Heureux qui m'a pour conducteur !

Je suis l'ange consolateur.

C'est la Charité qu'on me nomme.

Va donc prêcher ma loi. Bonhomme, Pour qu'il ne reste plus un grain \ Au noir chapelet du chagrin. ;

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