‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 22 sur 105 · L'AIGLE ET L'ÉTOILE · texte numérisé non relu

L'AIGLE ET L'ÉTOILE

Ain

A son étoile, à travers un nuage, L'aigle s'adresse : On manque d'air ici; Cette île d'Elbe est une étroite cage.

Paris m'attend ; qu'il dise : Le voici !

Brille, et je pars. On manque d'air ici.

Reprends l'éclat des jours de ma jeunesse, Lorsque le ciel n'écoutait que ma voix; Lorsqu'un grand peuple, ivre de mon ivresse, Riait vainqueur au nez de tous les rois.

Le ciel encor doit écouter ma voix.

Mais à ton feu ma foudre se renflamme ; Oui, tu renais. De clocher en clocher, Je vais voler jusqu'aux tours Notre-Dame.

Que le drapeau qui dort sur ce rocher Vole avec moi de clocher en clocher.

L'aigle fend Tair. Le peuple, qui Tappelle, Le voit de loin : Français, séchons nos pleurs. C'est lui, c'est lui! que son étoile est belle! Il nous revient quand renaissent les fleurs.

Aigle du ciel, tu vas sécher nos pleurs.

Salut, salut ! Notre amour te seconde.

Enfants, bonjour ! leur dit l'aigle en passant. Soldats^ bourgeois, paysans, tout un monde Lui crie : A toi nos biens et notre sang !

Bonjour, bonjour! leur dit l'aigle en passant.

De son étoile^ alors plus éclatante, Le cours rapide éblouit tout Paris ; Pour le vingt mars, la foule, dans l'attente. Môle à ses vœux des souvenirs chéris*.

L'étoile heureuse éblouit tout Paris.

* Anniversaire de la naissance du roi de Rome.

Rois alliés, que faites-vous dans Vienne?

Tous sont au bal après quinze ans de deuil*, Ne craignant plus que d^un coup d'aile il vienne Éteindre encor leur joie et leur orgueil.

Ils dansent tous après quinze ans de deuil.

Mais sur leur front éclate la nouvelle :

Il revient! Dieu! Pâlissent tous les rois.

En vain l'orchestre au plaisir les appelle.

Sur les divans ils retombent sans voix.

Dieu ! que ce bal a vu pâlir de rois !

Pourtant on rêve encore aux Tuileries ; Mais Taigle frappe aux vitraux du palais.

Tout tremble alors, princes, grandeurs, pairies : Fuyons à Lille; oui, fuyons à Calais.

D frappe, il frappe aux vitraux du palais.

Le vieux Louis se dit: J'arrive à peine; A peine a-t-on dételé mes chevaux.

* C'est en effet pendant un bal de rois que se répandit à Vienne la nouTelle du retour de Napoléon.

Que dans Texil il faut qu'on me remmène Tendrç la main à des secours nouveaux.

A peine a-t-on dételé mes chevaux.

Du trône enfin les rois savent descendre.

Ce prince est vieux; peuple compatissant, Dût-il rentrer dans nos villes en cendre, Les pieds rougis du plus pur de ton sang, Laisse-le fuir, peuple compatissant.

L'aigle en triomphe a ressaisi son aire Mais quoi! soudain son étoile a pâli.

Pour lui déjà s'alourdit le tonnerre, Et dans sa gloire il semble enseveli.

Malheur! malheur! son étoile a pâli.

Cent jours passés, un Anglais sous sa voile Voit tout sanglant tomber l'aigle abattu.

Le doigt de Dieu vient d'éteindre l'étoile; N'espère enfin^ peuple, qu'en ta vertu.

L'étoile meurt, l'aigle tombe abattu.

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