‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 20 sur 105 · PRÉFACE. . XXXI · texte numérisé non relu

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élevé que celui des Collé, des Panard, des Désaugiers. J aurais mauvaise grâce à le contester, car c'est, selon moi, la cause de mes succès. D'abord, je ferai remarquer que la chanson,, comme plusieurs autres genres, est tout une langue, et que, comme telle, elle est suscepu tible de prendre les tons les plus opposés. J'ajoute que depuis ï 789, le peuple ayant mis la main aux affaires du pays, ses sentiments et ses idées patriotiques ont acquis un très grand développement; notre hmoire le prouvé. La dbianson qu'on avait définie Yexpression dés sentiments populaires^ devait dès-lors s'élever à la. hauteur des ixnpressioiis de joie ou de tristesse que les triomphes ou les désastres produisaient sur la classe la' plus nombreuse. Le vin et 1 amour ne pouvaient guère plus que fournir des cadres pour les idées qui préoccupaient le peuple exalté par la révolution, et

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ce n'était plus seulement avec les maris trompés, les procureurs avides et la barque à Caron^ qu'on pouvait obtenir l'honneur d'être chanté par nos artisans et nos soldats aux tables des guinguettes. Ce succès ne suffisait pas encore ; il fallait de plus que la nouvelle expression des sentiments du peuple pût obtenir l'entrée des salons pour y faire des conquêtes dans l'intérêt de ces sentiments. De là, autre nécessité de perfectionner le style et la poésie de la chanson. Je n'ai pas fait seul toutes les chansons depuis quinze ou dix-huit ans. Qu'on feuillette tous les recueils, et l'on verra que c'est dans, le style le plus grave que le peuple voulait qu'on lui parlât de ses regrets et de ses espérances. Il doit sans doute l'habitude de ce diapason élevé à l'immortelle Marseillaise , qu'il n'a jamais oubliée, comme on l'a pu voir dans la grande Semaine.

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