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tournât le dos à notre siècle daffranchisee* ment, pour ne fouillier qu'au cercueil du moyen âge, à moins que ce ne fiât pour mesurm* et peser les chaînes dont les hauts barons acca» blaient les pauvres serfe, nos aïeux. Peut-être tort, après tout Cest lorsqu'à travers l'Atlantique il croyait voguer vers l'Asie, ber*ceau de l'ancien monde, que Colomb rencontra un monde pquveau. Gourjage donc, jeûnes gens! il y a de la raison dans votre àudaœ; mais, puisque vous avesc l'avenir poiir vous, montrez un peu moins d'impatience contre la génération qui vous a précédés , et qui marche encore à votre tête par rang d'âgâ Elle a été riche aussi en grands talents , et tous se èoxkt plus ou moins consacrés aux progrès des liber* tés dont les fruits ne mûriront guère que pour vous. Cest du milieu des combats à mort de la tribune , au bruit des longues et sanglantes ba-
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tailles ; dans les douleurs de l'exil ; au pied des éehafàuds , qiie, par de brillante et nambreiix succès^ ils ont entretenu le culte des Muses, el qu'ils ont dit à la barbarie : Tu n iras pas plus loisu Et vous le savez ^ elle ne s'arrête que de* vaut lia gloire.
Quant à moi qui, jusqu'à présent, n'ai eu qu'à me louer de la jeunesse, je n'attendrai pas qu'elle me crie : Arrière , bon homme ! laissenmis passer. Ce que l'ingrate pourrait fisire avant peu. Je sors de la lice pendant que j'ai encore la force de m'en éloigner. Trop souvent au sdtr de la vie nous nous laissons surpriendre par le sommeil sur la chaise ou il vient nous clouer. Mieux vaudrait aller l'àttendt^ au lit , dont alors on a si grand besoin. Je me hâte de gagner le mien , quoiqu'il soit un peu dur.
Quoi ! vous ne ferez plus de chansons ? Je ne promets pas cela; enténdonfr*ncms, de grâce. Je
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promets de n'en pas publier davantage. Aux joies du travail succèdent les dëgoûts du besoin de vivre ; bon gré mal gré , il fout trafiquer de la Muse : le commerce m ennuie; je me retire. Mon ambition n a jamais été à plus d'un morceau de pain pour mes vieux jours : elle est satisfaite, bien que je ne sois-pas même électeur, et que je ne puisse espérer jamais l'honneur d'être éligible, en dépit de la révolution de Juillet, à qui je n'en veux pas pour cela. A ne faire des chansons que pour vous^ dira-t-on, le dégoût vous prendra bien vite.
Eh I ne puis-je faire autre chose que des couplets pour ma fête? Je n'ai pas renoncé à être utile. Dans la retraite où je vais me confiner, les souvenirs se presseront en foule. Ce sont les bonnes fortunes d'un vieillard. Notre époque, agitée par tant de passions extrêmes, ne transmettra que peu de jugements équitables
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sur les contemporains qui occupent ou ont occupé la scène, qui ont soufflé les acteurs ou encombré les coulisses. J'ai connu un grand nombre, dliommes qui ont marqué depuis vipgt ans; sur presque tous ceux que je n'ai pas vus ou que je n ai fait qu'entrevoir, ma mémoire a recueilli quantité de faits plus ou moins caraictéristiques. Je veux faire Une espèce de Dictionnaire historique , où , sous chaque nom de nos notabilités politiques et littéraires, jeunes ou vieilles, viendront se classer mes nombreux souvenirs et les jugements que je me permettrai de porter ou que j'emprunterai aux autorités compétentes. Ce travail peu fatigant, qui n'exige ni des connaissances profondes, ni le talent de prosateur, remplira le reste de ma vie. Je jouirai du plaisir de rectifier bien des erreurs et des calomnies qu'enfante toujours une lutte envenimée ; car
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ce n'est pas ds^ns un esprit de dénigrement, on le conçoit, que j ai formé ce projet. Dans une cinqpuaut^ine d années, ceux qui tou-^ dront écrire llûstoire de ces jours féconds en événements ) n auront à consulter, je le crains bien , que des documents entachés de partial lité. Les notes que je laisserai à ma mort pour-* ront inspirer quelque confic^nce, même dans ce qu elles auront de sévère , car je ne prétends pas n être qu un pan^^rista Les bisto-* riens saveut tant de choses, qu ild sauront sans doute alors que j ai eu peu à me plaindre des hommes, même des hommes puissants^ que si je n'ai rien été , q'es^ comm^ d'a^utres sont quel* que chose, je yeUx dire en me donnant de la peine pour cela; ils n'auront donc pas à me ranger au nombre des gens désappointés et chagrins* Ils saurout peut-être aussi que j'ai joui de la réputation d'observateur assez atten-
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lîf 9 assfft eiact, a^sez pénétrant, et quenfin je m en suis toujours plutôt pris à la iaiUesse des hommes qu'à leur mauvais vouloir du mal que j ai pu voir faire dans mon temps. Des matériaux recueillis dans cet esprit manquent trop souvent pour que les historiens à venir ne tirent pas bon parti de ceux que je laisserai. La France un jour pounra m en savoir gré.
Qui sait si ce n est pas à cet ouvrage de ma vieillesse que mon nom devra de me survivre?
Il serait plaisant que la postérité dît: Le judi-» cieux, le grave Béranger ! Pourquoi pas?
Méià voici bien des pages à la suite les unes des autres, sans trop de logique, ni sur^tont de nécessité. Se douterait-on, à la longueur de cette préface, que j'ai toujours redouté d*en* (retenir le public de moi, autrement qu'en chansons? Je crains bien d'avoir abusé étran* gemedt du privilège que donne l'instant des
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adieux : il me reste pourtant encore une dette
de cœur à acquitter.
Au. risque d'avoir Fair de soUiciter pour mes nouvelles chansons Imdulgence des journaux, mise par moi si souvent à l'épreuve , je dois témoigner ma reconnaissance^ leurs rédacteurs, pour l'appui qu'ils m'ont prêté dans mes petites guerres avec le pouvoir. Ceux de mon opinion ont plus d'une fois bravé les ciseaux de la censure et les ongles de la main de justice pour venir à mon secours dans les mo* ments périlleux. Nul doute que sans eux on ne m'eût fait payer plus chèrement la témérité de mes attaques. Je ne suis point de ceux qui oublient les obligations qu'ils ont à la presse périodique.
Je me fais un devoir d'ajouter que même les journaux de l'opinion la plus opposée à la mienne, tout en repoussant l'hostilité de mes
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principes, m'ont paru presque toujours garder la mesure qu'un homme convaincu a droit d'attendre de ses adversaires, sur-tout quand il ne s'en prend qu'à ceux qui sont en position de se venger.
J'attribue cette bienveillance si générale à l'empire qu'exerce en France le genre auquel je me suis exclusivement livré. Cela seul suffirait pour m'ôter toute envie d'accoler jamais aucun autre titre à celui de chapsonnier, qui m'a rendu cher à ipes concitoyens. ^
Après avoir lu cette prë&ce remarquable, où Béranger a développe avec tant de franchise ses idées sur Fart, et ses sentiments sur la politicpie, une courte notice du petit nombre d'événements qui ont rempli sa vie doit suffire pour faire connaître suffisamment le poète. Ses actes sont ses chansons, actes hardis, prolongés, féconds en résultats, plus que la majeure partie des harangues de tribune, plus même que bien des combats qui ont fait la gloire de quelques généraux. Mais dans une édition, monument destiné à la postérité, l'éditeur a pensé qu'on verrait aussi avec intérêt la reproduction dès jugements que les contemporains ont portés sur le génie expansif et original de Béranger. Divers par la forme, ces jugements s'accordent tous à rendre hommage à l'influence, pour ainsi dire électrique , qu'il a exercée sur les masses populaires.