‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 32 sur 105 · LE SENATEUR · texte numérisé non relu

LE SENATEUR

Air : J'ons un curé patriote.

Mon épouse fait ma gloire :

Rose a de si j olis yeux !

Je lui dois, lou peut m'en croire, Un ami bien précieux.

Le jour où j obtins sa foi Un sénateur vint chez moi .

Quel honneur !

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur , Je suis votre humble serviteur.

De ses faits je tiens registre :

C'est un homme sans égal.

L'autre hiver, chez un ministre,

CHANSONS DE BÉRANGEB.

Il mena ma femme au bal.

S'il me trouve en son chemin , Il me frappe dans la main.

Quel honneur !

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Près de Rose il n'est point fade , Et n'a rien de freluquet.

Lorsque ma femme est malade , n fait mon cent de piquet.' Il m'embrasse au jour de Tan ; Il me fête à la Saint-Jean.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Âh ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Chez mbi qu'un temps effroyable Me retienne après diner, Il me dit d'un air aimable :

« Allez donc vous promener; i( Mon cher, ne vous gênez pas , « Mon équipage est là bas. »

Quel honneur !

Quel bonheur !

^h ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Certain soir à sa campagne Il nous mena par hasard ; 11 m*enivra de Champagne , Et Rose fit lit à part :

Mais de la maison , ma foi , Le plus beau lit fut pour moi.

Quel honneur 1

Quel bonheur !

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

A l'enfant que Dieu m'envoie Pour parrain je l'ai donné.

C'est presque en pleurant de joie

A des gens qu appuirait le zélé D'un grand seigneur ou d'une belle:

Mais, faisant moitié du chemin.

Vous m'accueillez le verre en maio.

D^ici l'intrigue est à jamais banjiie :

Non, non , ce n'est point comme à l'Académie. Ce n'est point comme à l'Académie.

Toussant , crachant , faudra-t-il donc , Dans un discours superbe et long , Dire : Quel honneur vous me fartes !

Messieurs , vous êtes trop honnêtes ; Ou quelque chose d'aussi fort?

Mais que je m'effrayais à tort!

On peut ici montrer moins de génie.

Non, non, ce n'est point comme à l'Académie.

Ce n'est point comme à l'Académie.

Je croyais voir le président

Faire bâiller en répondant

Que l'on vient de perdre un grand homme;

Que moi je le vaux. Dieu sait comme.

Mais ce président sans façon ' Ne pérore ici qu'en chanson :

Toujours trop Xàt sa harangue est finie.

Non y non, ce n est point comme à TAcadémie.

Ce n'est point comme à l'Académie.

Admis enfin , aurai-je alors, Pour tout esprit, l'esprit de corps?

Il rend le bon sens , quoi qu'on dise , Solidaire de la sottise ; Mais dans votre société , L'esprit de corps c'est la gaité.

Cet esprit-là régne sans tyrannie.

Non, non, ce n'est point comme à l'Académie.

Ce n'est point comme à l'Académie.

Ainsi , j'en juge à votre accueil , Ma chaise n'est point un fauteuil.

Que je vais chérir cet asile , Où tant de fois le Vaudeville

Désaugiera.

A renouvelé ses grelots, Et sur la porte écrit ces mots :

Joie y amitié , malice et bonhomie !

Non , non , ce n est point comme à TAcadémie. Ce n'estpoint comme à TAcadémie.

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