LE SENATEUR
Air : J'ons un curé patriote.
Mon épouse fait ma gloire :
Rose a de si j olis yeux !
Je lui dois, lou peut m'en croire, Un ami bien précieux.
Le jour où j obtins sa foi Un sénateur vint chez moi .
Quel honneur !
Quel bonheur!
Ah ! monsieur le sénateur , Je suis votre humble serviteur.
De ses faits je tiens registre :
C'est un homme sans égal.
L'autre hiver, chez un ministre,
CHANSONS DE BÉRANGEB.
Il mena ma femme au bal.
S'il me trouve en son chemin , Il me frappe dans la main.
Quel honneur !
Quel bonheur!
Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.
Près de Rose il n'est point fade , Et n'a rien de freluquet.
Lorsque ma femme est malade , n fait mon cent de piquet.' Il m'embrasse au jour de Tan ; Il me fête à la Saint-Jean.
Quel honneur!
Quel bonheur!
Âh ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.
Chez mbi qu'un temps effroyable Me retienne après diner, Il me dit d'un air aimable :
« Allez donc vous promener; i( Mon cher, ne vous gênez pas , « Mon équipage est là bas. »
Quel honneur !
Quel bonheur !
^h ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.
Certain soir à sa campagne Il nous mena par hasard ; 11 m*enivra de Champagne , Et Rose fit lit à part :
Mais de la maison , ma foi , Le plus beau lit fut pour moi.
Quel honneur 1
Quel bonheur !
Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.
A l'enfant que Dieu m'envoie Pour parrain je l'ai donné.
C'est presque en pleurant de joie
A des gens qu appuirait le zélé D'un grand seigneur ou d'une belle:
Mais, faisant moitié du chemin.
Vous m'accueillez le verre en maio.
D^ici l'intrigue est à jamais banjiie :
Non, non , ce n'est point comme à l'Académie. Ce n'est point comme à l'Académie.
Toussant , crachant , faudra-t-il donc , Dans un discours superbe et long , Dire : Quel honneur vous me fartes !
Messieurs , vous êtes trop honnêtes ; Ou quelque chose d'aussi fort?
Mais que je m'effrayais à tort!
On peut ici montrer moins de génie.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie.
Ce n'est point comme à l'Académie.
Je croyais voir le président
Faire bâiller en répondant
Que l'on vient de perdre un grand homme;
Que moi je le vaux. Dieu sait comme.
Mais ce président sans façon ' Ne pérore ici qu'en chanson :
Toujours trop Xàt sa harangue est finie.
Non y non, ce n est point comme à TAcadémie.
Ce n'est point comme à l'Académie.
Admis enfin , aurai-je alors, Pour tout esprit, l'esprit de corps?
Il rend le bon sens , quoi qu'on dise , Solidaire de la sottise ; Mais dans votre société , L'esprit de corps c'est la gaité.
Cet esprit-là régne sans tyrannie.
Non, non, ce n'est point comme à l'Académie.
Ce n'est point comme à l'Académie.
Ainsi , j'en juge à votre accueil , Ma chaise n'est point un fauteuil.
Que je vais chérir cet asile , Où tant de fois le Vaudeville
Désaugiera.
A renouvelé ses grelots, Et sur la porte écrit ces mots :
Joie y amitié , malice et bonhomie !
Non , non , ce n est point comme à TAcadémie. Ce n'estpoint comme à TAcadémie.
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