‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 106 sur 166 · BOUQUETIÈRE ET LE CROQUE-MORT · texte numérisé non relu

BOUQUETIÈRE ET LE CROQUE-MORT

Aiu : Le cœin à la danse, etc.

Je n' suis qu'un' bouqu'tière et j' n'ai rien ;

Mais d' vos soupirs j' me lasse, Monsieur 1' croqu'moi't, cai' il faut bien

Vous dir' vot' nom-z en face.

i)i<: ui:kangi:u. m

Quoique j' sois-t un esprit fori,

iNori, je n' veux point d'un croquniort.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

C't amour, qui fait plus d'un hasard,

Vous tire par l'oreille Depuis l'jour où vot' corbillard

Renversa ma corbeille.

11 m'en coula plus d'un' fleur :

Yot' métier leur porte malheur.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins.

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

A d' bons vivants j'aime à parler;

Et, monsieur, n' vous déplaise.

Avec vous m' faudrait-z étaler

Mes fleurs chez 1' pèr' la Ghaiscî; Mon commerce est mieux fêté A la porte d' la Gaieté.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmiiis,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

Parc' que vous r tournez d' grands seigneurs, Vous vous en fait' s accroire;

Mais, si tant d' gens qu'ont les honneurs Vous doiv' tous un pourboire, Y en a plus d'un, sans m' vanter, Qu' j'avons fait ressusciter.

Encor jeune et jolie.

Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins, Et n' me sens point l'envie De passer par vos mains.

J' ferai courte et bonne, et, j'y consens,

En passant, venez m' prendre; Mais qu' ce ne soit point-z avant dix ans :

Adieu, crocju'mort si tendre.

P't-êt' bien qu'en s'impatientant, Un' pratique vous attend.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins.

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

LA VETÏTE FEE

Ain ; (■'(•si le me/ 1 leur homme (In monde.

Enfants, il était une fois Une fée appelée Urgande, Grande à peine de quatre doigts, Mais de bonté vraiment bien grande.

DE BKflANGEU. 249

De sa baguette un ou deux coups Donnaient félicité parfaite.

Ah! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette!

Dans une conque de saphir, De huit papillons attelée.

Elle passait comme un zéphir, Et la terre était consolée.

Les raisins mûrissaient plus doux, Chaque moisson était complète.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette !

C'était la marraine d'un roi

Dont elle créait les ministres,

Braves gens soumis à la loi,

Qui laissaient voir dans leurs registres.

Du bercail il chassait les loups

Sans abuser de la houlette.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Les juges, sous ce roi puissant, Etaient l'organe de la fée; Et par eux jamais l'innocent Ne voyait sa plainte étouffée.

Jamais pour^l'erreur à genoux La clémence n'était muette.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette!

Pour que son filleul fut béni, Elle avait touché sa couronne; 11 voyait tout son peuple uni, Prêt à mourir pour sa personne.

S'il venait des voisins jaloux, On les forçait à la retraite.

Ah! bonne fée, enseignez-nous Où vous cachez votre baguette!

J)ans un beau palais de cristal,

lïélas! Urgande est retirée.

Kn Amérique tout va mal;

Au plus fort l'Asie est livrée.

Nous éprouvons un sort plus doux;

Mais pourtant, si bien qu'on nous traite,

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Page 1