AUX ÉLECTIONS DE
Air : Faut fï la vertu, pas trop lïen faut.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Electeurs, j'ai, sans nul mystère, Fait de bons dîners l'an passé.
On met la table au ministère : Renommez-moi, je suis pressé.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Préfets, que tout nous réussisse^ Et du moins vous conserverez, Si l'on vous traduit en justice, Le droit de choisir les jurés.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Maires, soignez bien mes affaires; Vous courez aussi des dan fi ers.
Si les villes nommaient leurs maires, Moins de loups deviendraient bergers.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Dévots, j'ai la foi la plus forte; A Dieu je dis chaque matin :
Faites qu'à cent écus l'on porte La patente d'ignorantin.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Ultras, c'est moi qu'il faut qu'on nomme; Faisons la paix, preux chevaliers :
N'oubliez pas que je suis homme A manger à deux râteliers.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Libéraux, dans vos doléances, Pourquoi donc vous en prendre à moi, Quand le creuset des ordonnances Peut faire évaporer la loi?
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
Les emplois étant ma ressource, Aux impôts dois-je m'opposer?
Par honneur je remplis la bourse Où par devoir j'aime à puiser.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
On craindrait l'équité farouche D'un tas d'orateurs éclatants; Moi, dès que j'ouvrirai la bouche Les ministres seront contents.
Autour du pot c'est trop tourner :
Messieurs, l'on m'attend pour dîner.
lils.