‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 147 sur 166 · LES ADIEUX A LA GLOUIE · texte numérisé non relu

LES ADIEUX A LA GLOUIE

DECEMBRE 182U Au'. : Je commence à m' apercevoir, etc. (d'ALiixis)

Chantons le vin et la beauté :

Tout le reste est folie.

Voyez comme on oublie Les hymnes de la liberté.

Un peuple brave Retombe esclave :

DK r.ÉRANGER. 365

Fils d'Épiciiro, ouvrez-moi votre cave.

La France, qui souffre en repos, Ne veut plus que mal à propos J'ose en trompette ériger mes pipeaux.

Adieu donc, pauvre Gloire!

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Quoi! d'indignes enfants de Mars* Briguaient une livrée, Quand ma muse éplorée Recrutait pour leurs étendards !

Ah! s'il m'arrive Beauté naïve, Sous ses baisers ma voix sera captive ; Ou flattons si bien, que pour moi On exhume aussi quelque emploi.

Oui, noir ou blanc, soyons le fou du roi. Adieu donc, pauvre Gloire!

Déshéritons l'histoire.

Venez, x\mours, et versez-nous à boire.

Des excès de nos ennemis

Chaque juge est complice,

Et la main de Justice

De soufflets accable Thémis.

Plus de satire!

N'osant médire.

* Plusieurs généraux de l'ancienne armée sollicitaient et obtenaient des emplois dans la maison du roi.

J'orne de fleurs et ma coupe et ma lyre. J'ai trop bravé nos tribunaux; Dans leurs dédales infernaux J'entends Cerbère et ne vois point Minos. Adieu donc, pauvre Gloire !

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Des tyrans par nous soudoyés La faiblesse est connue :

Gulliver éternue, Et tous les nains sont foudroyés.

Mais quelle image î Non, plus d'orage; De nos plaisirs redoutons le naufrage.

Opprimés, gémissez plus bas.

Que nous fait, dans un gai repas, Que l'univers souffre ou ne souffre pas? Adieu donc, pauvre Gloire î Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Du sommeil de la liberté Les rêves sont pénibles ; Devenons insensibles Pour conserver notre gaieté.

Quand tout succombe.

Faible colombe, Ma muse aussi sur des roses retombe.

Lasse d'imiter l'aigle allier,

DE BÉUANGEli. 7)0^

Elle reprend son doux métier :

Bacclius m'appelle, elje rentre au quartier. Adieu donc, pauvre Gloire!

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à hoire.

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