LES ADIEUX A LA GLOUIE
DECEMBRE 182U Au'. : Je commence à m' apercevoir, etc. (d'ALiixis)
Chantons le vin et la beauté :
Tout le reste est folie.
Voyez comme on oublie Les hymnes de la liberté.
Un peuple brave Retombe esclave :
DK r.ÉRANGER. 365
Fils d'Épiciiro, ouvrez-moi votre cave.
La France, qui souffre en repos, Ne veut plus que mal à propos J'ose en trompette ériger mes pipeaux.
Adieu donc, pauvre Gloire!
Déshéritons l'histoire.
Venez, Amours, et versez-nous à boire.
Quoi! d'indignes enfants de Mars* Briguaient une livrée, Quand ma muse éplorée Recrutait pour leurs étendards !
Ah! s'il m'arrive Beauté naïve, Sous ses baisers ma voix sera captive ; Ou flattons si bien, que pour moi On exhume aussi quelque emploi.
Oui, noir ou blanc, soyons le fou du roi. Adieu donc, pauvre Gloire!
Déshéritons l'histoire.
Venez, x\mours, et versez-nous à boire.
Des excès de nos ennemis
Chaque juge est complice,
Et la main de Justice
De soufflets accable Thémis.
Plus de satire!
N'osant médire.
* Plusieurs généraux de l'ancienne armée sollicitaient et obtenaient des emplois dans la maison du roi.
J'orne de fleurs et ma coupe et ma lyre. J'ai trop bravé nos tribunaux; Dans leurs dédales infernaux J'entends Cerbère et ne vois point Minos. Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l'histoire.
Venez, Amours, et versez-nous à boire.
Des tyrans par nous soudoyés La faiblesse est connue :
Gulliver éternue, Et tous les nains sont foudroyés.
Mais quelle image î Non, plus d'orage; De nos plaisirs redoutons le naufrage.
Opprimés, gémissez plus bas.
Que nous fait, dans un gai repas, Que l'univers souffre ou ne souffre pas? Adieu donc, pauvre Gloire î Déshéritons l'histoire.
Venez, Amours, et versez-nous à boire.
Du sommeil de la liberté Les rêves sont pénibles ; Devenons insensibles Pour conserver notre gaieté.
Quand tout succombe.
Faible colombe, Ma muse aussi sur des roses retombe.
Lasse d'imiter l'aigle allier,
DE BÉUANGEli. 7)0^
Elle reprend son doux métier :
Bacclius m'appelle, elje rentre au quartier. Adieu donc, pauvre Gloire!
Déshéritons l'histoire.
Venez, Amours, et versez-nous à hoire.