‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 15 sur 166 · LE SENATEUR · texte numérisé non relu

LE SENATEUR

AiTî : fons nn curé patriote.

Mon épouse fait ma gloire :

Rose a de si jolis yeux!

Je lui dois, l'on peut m'en croire,

Un ami bien précieux.

Le jour où j'obtins sa foi,

Un sénateur vint cbez moi.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur, .le suis votre humble serviteur.

De ses faits je tiens registre :

C'est un homme sans égal.

L'autre hiver, chez un ministre Il mena ma femme au bal.

S'il me trouve en son chemin, Il me frappe dans la main.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble sei'viteur.

Près (\c Rose il n'est poini fade E( n'a rien de freluquet.

Lorsque ma femme est malade, Il fait mon cent de piquet.

11 m'embrasse au jour de l'an ; 1) me tète à la Saint-Jean. Quel honneur!

Quel bonheu

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur

Chez moi qu'un temps effroyable Me retienne après dîner, 11 me dit d'un air aimable :

a Allez donc vous promener.

« Mon cher, ne vous «ênez pas, c( Mon équipage est eji bas. »

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur, fe suis votre humble serviteur.

Certain soir à sa campagne Il nous mena par hasard :

Il m'enivra de Champagne, Et Rose fit lit à part; Mais de la maison, ma foi, Le plus beau lit fut pour moi

Quel honneur!

Quel bonheur!

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Ahl niunsieiir le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

A l'entant que Dieu m'envoie Pour parrain je l'ai donné :

C'est presque en pleurant de joie Ou'il baise le nouveau-né.

Et mon tîls, dès ce moment, Est mis sur son testament,

Quel honneur!

Quel bonheur !

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

A table il aime qu'on rie; Mais parfois j'y suis trop vert :

J'ai poussé la raillerie Jusqu'à lui dire au dessert:

On croit, j'en suis convaincu, Que vous me faites cocu.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur.

Je suis votre humble serviteur.

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