‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 159 sur 166 · A M. PERROTIN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A M. PERROTIN, ÉDITEUR

Il y a douze ans, mon cher Perrotin, que, pensant à l'oubli oii, SL'loii moi, mes chansons devaient tomber promptement, je vous cédai toutes mes chansons, faites et cà faire, pour une modique rente viagère de huit cents francs. Vous hésitiez à conclure ce marclié, que vous trouviez désavantageux pour moi . Avec un autre que vous il l'eût été en effet ; car, en dépit de mes prédictions , le public m' ayant conservé toute sa bienveillance, les éditions se succédèrent rapidement. De vous-même, alors, et à plusieurs reprises, vous avez augmenté cette rente, que ma signature vous donnait le droit de laisser à son premier chiffre. Bien plus, vous n'avez cessé de me prodiguer les soins dispendieux, les attentions délicates d'un dévouement que je puis appeler filial.

La magniiiquc édition que vous annoncez aujourd'hui, sans nécessité pour votre commerce, est encore un effet de ce dévouement. C'est une espèce de glorification artistique que. vous voulez donner à mes vieux refrains ; entreprise que j'ai dû désapprouver, en considérant ce qu'elle vous causerait de dépenses et de peines.

Quelque succès qu'aient déjà obtenu les premières livraisons de cette édition, illustrée par les dessinateurs et les graveurs les plus distingués, commentateurs ingénieux qui trouvent souvent au texte qu'ils adoptent plus d'esprit que l'auteur n'en a su mettre; quelque succès, dis-je, qu'aient obtenu ces livraisons, je sens qu'il 1. 50

est de mon devoir de vous venir en aide aiilant que cela m'est possible.

Sans avoir la fatuilé de croire ([ue je manque à la promesse faite au public de ne plus l'occuper de moi, je me décide donc à extraire du manuscrit des cbansons de ma vieillesse, manuscrit qui vous appartiendra à ma mort, sept ou liinl chansons , auxquelles vous pourrez joindre les couplets imprimés le jour du convoi de mon vieil ami Wilhem. J'ai choisi ces chansons parmi celles ([ui se rapprochent le plus, par les sujets et la forme, du genre de celles dont se composent mes précédents recueils. Ce n'est certes pas un riche présent que je vous fais; mais, quelles qu'elles soient, acceptez-les vite, car l'envie de les reprendre pourrait me venir. Vous savez mieux qu'un autre, mon cher Perrotin, comljien me coûte aujour- «rimi la moindre publication nouvelle. Aussi j'espère qu'on ne verra dans ce chétif larcin fait à mon recueil posthume qu'un témoignage de gratitmle donné par le vieux chansonnier à son hdèle éditeur. J'ajoute que près de vingt ans de bonne intelligence entre im homme de lettres et un liijraire est malheureusement chose assez rare, depuis l'invention de l'imprimerie, ]jonr que tous les deux nous en soyons également tiers. En vous offi'ant la preuve du prix ([ue j y attache, mon cher Perrotin, je suis à vous de cœur.

P. J. DE Béranger.

Passy, 19 décembre 1846. . •

P. S. Je regreite de ne pouvoir vous donner une de mes chansons inédites sur Napoléon ; mais je tiens à ce que celles-là paraissent toutes ensemble.

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