‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 3 sur 166 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

dise, que ces chansons, folles inspirations de la jennesse et de ses retours, ont été des compagnes fort utiles, données aux graves refrains et aux couplets politiques. Sans leur assistance, je suis tenté de croire que ceux-ci auraient bien pu n'aller ni aussi loin ni aussi bas, ni même aussi haut, ce dernier mot dût-il scandaliser les vertus de salon.

Quelques-unes de mes chansons ont été traitées d'impies, les pauvrettes! par MM. les procureurs du roi, avocats généraux et leurs substituts, qui sont tous gens très-religieux à l'audience. Je ne puis, à cet égard j que répéter ce qu'on a dit cent fois. Quand, de nos jours, la religion se fait instrument politique, elle s'expose à voir méconnaître son caractère sacré; les plus tolérants deviennent intolérants pour elle; le» croyants, qui croient autre chose que ce qu'elle enseigne, vont quelquefois, par représailles, l'attaquer jusque dans son sanctuaire. Moi, qui suis de ces croyants, je n'ai jamais été jusque-là : je me suis contenté de faire rire de la livrée du catholicisme. Est-ce de l'impiété?

Enfin, grand nombre de mes chansons ne sont que des inspirations de sentiments intimes ou des caprices d'un esprit vagabond; ce sont là mes filles chéries ; voilà tout le bien que j'en veux dire au public. Je ferai seulement observer encore qu'en jetant une grande variété dans mes recueils, celles-ci ont du n'être pas inutiles non plus au succès des chansons politiques.

Quant à ces dernières, à n'en croire même que

DE L'AUTEUR. xin

les adversaires les plus prononcés de Topinion que j'ai défendue pendant quinze ans, elles ont exercé une puissante influence sur les masses, seul levier qui, désormais, rende les grandes choses possibles. L'honneur de cette influence, je ne l'ai pas réclamé au moment de la victoire : mon courage s'évanouit aux cris qu'elle fait pousser. Je crois, en vérité, que la défaite va mieux à mon humeur. Aujourd'hui, j'ose donc réclamer ma part dans le triomphe de 1850, triomphe que je n'ai su chanter que longtemps après et devant les sépultures des citoyens à qui nous le devons. Ma chanson d'adieu se ressent de ce mouvement de vanité politique, produit sans doute par les flatteries qu'une jeunesse enthousiaste m'a prodiguées et me prodigue encore. Prévoyant que bientôt l'oubli enveloppera les chansons et le chansonnier, c'est une épitaphe que j'ai voulu préparer pour notre tombe commune.

Malgré tout ce que l'amitié a pu faire; malgré les plus illustres suffrages et l'indulgence des interprètes de l'opinion publique, j'ai toujours pensé que mon nom ne me survivrait pas, et que ma réputation déclinerait d'autant plus vite, qu'elle a été nécessairement fort exagérée par l'intérêt de parti qui s'y est attaché. On a jugé de sa durée par son étendue; j'ai faitj moi, un calcul différent qui se réalisera de mon vivant, pour peu je vieillisse. A quoi bon nous révéler cela? diront quelques aveugles. Pour que mon pays me sache gré, surtout, de m'être livré au genre de poésie que j'ai jugé le plus utile à la

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