‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 39 sur 166 · AU PAYS DE COCAGNE · texte numérisé non relu

AU PAYS DE COCAGNE

Air : Contredanse de la Rosière, ou : L'ombre s'évapore.

Ah ! vers une rive Où sans peine on vive Qui m'aime me suive !

Voyageons gaiement.

Ivre de Champagne, Je bats la campagne, El vois de Cocagne Le pays charmant.

Terre chérie, Sois ma patrie :

Qu'ici je rie

Du sort inconstant.

Pour moi tout change Bonheur étrange !

Je bois et mange

Sans un sou comptant.

Mon appétit s'ouvre, Et mon œil découvre Les portes d'nn Louvre En tourte arrondi.

J'y vois de gros gardes Cuirassés de bardes, Portant hallebardes De sucre candi.

Bon Dieu! que j'aime Ce doux système !

Les canons même

De sucre sont faits.

Belles sculptures, Riches peintures En confitures

Ornent les buffets.

Pierrots et Paillasses, Beaux esprits cocasses, Charment sur les places Le peuple ébahi, Pour qui cent fontaines, Au lieu d'eaux malsaines, Versent, toujours pleines, Le beau ne et l'aï.

Des gens enl'ournenl,

D'autres défournent;

Aux broches tournent Veau, bœuf et mouton.

Des lois de table

L'ordre équitable

De tout coupable Fait un marmiton.

Dans un palais j'entre,

Et je m'assieds entre ^

Des grands dont le ventn'

Se porte un défi;

Je trouve en ce monde,

f)ù la graisse abonde,

Vénus toute ronde

Et l'amour bouffi.

Nul front sinistre; Propos de cuistre.

Airs de ministre, N'y sont point permis.

La table est mise, La chère exquise; Oue l'on se «rise :

Frinquons, mes amis 1

Mais parlons d'affaires.

Beautés pen sévères, (}u'au doux bruit des verres D'un dessert Friand On chante et l'on dise Quelque gaillardise (}ui nous scandalise En nous égayant.

L!uand le vin tape

L'époux ([u'on drape,

Que sur la nappe 11 s'endort à point,

De femme aimable

Mère intraitable,

Ah ! sous la table Ne regardez poini .

Folle et tendre orgi<^ 1 La face rougie, La panse élargie, Là, chacun est roi; Et, quand l'heure invite A gagner son gîte, L'on rentre bien vite Ailleurs que chez soL

Que de goguettes !

Que d'amourettes !

Jamais de dettes, Point de nœuds constants.

Entre l'ivresse Et la paresse, Notre jeunesse Y.i jusqu'à cent ans.

Oui, dans ton empire, Cocagne, on respire...

Mais qui vient détruire Ce rêve enchanteur?

Amis, j'en ai honte :

C'est quelqu'un qui monte Vpporter le compte Du restaurateur.

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