‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 7 sur 166 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Les plus grands poètes de rantiqnité ne nous sont guère connus que par leurs vers, et les commentateurs venus à la suite se sont donné bien de la peine, après mille recherches, pour composer quelques pages de biographie à propos de ces enfants de la Muse quj remplissent le monde de leur génie. Nous avons sous les yeux plusieurs biographies d'Horace, le poëte des amours, des gloires, de l'esprit et du goût littéraire au siècle d'Auguste... La plus ancienne de ces Vies (V Horace se compose d'une demi-page, la seconde ne contient que dix lignes ; l'édition Variorum de 1670 a poussé la recherche jusqu'à composer cinq pages, tout au plus ; après quoi les commentateurs se sont reposés, tant ils savaient, par leur admiration même, que la vie des hommes inspirés se rencontre tout entière dans les livres qu'ils ont laissés :

Multaque pars mcî Vitabit Libitinam.

« La plus grande partie de moi-même échappera à la mort! » — Ouvrez la belle édition de Juvénal, publiée par les Elzeviers en 1G71, vous trouverez treize lignes, tout autant, destinées à vous raconter cette existence si remplie de courage, d'éloquence et de vertu... Et pourtant quelle gloire a surpassé la gloire du satirique latin?

xxviii NOTICE.

Certes, notre poëte Béranger, maître de Fode, maître inspiré de la clianson française, est au premier rang de ces privilégiés qui peuvent se dire à eux-mêmes : Ma poésie, c'est ma vie entière! On peut donc ne chercher la vie de notre poëte que dans ses vers. Là, vous trouverez son âme, son esprit, son cœur, son génie, lout lui-même. A pcin(3 si, de temps à autre, une note jetée à la liàte au l)as de la page remplie, une indication faite au courant de la plume, une préface écrite en toute modestie, mettent le lecteur dans quelques-uns de ces très- simples et très-naïfs secrets d'une biographie si digne de notre intérêt, de notre curiosité et de nos respects.

Nous n'écrivons pas ici une histoire authentique, non plus qu'un essai littéraire : Béranger ne le souffrirait pas en tète de ses œuvres revues et eorrigêes par Vaiitetir; nous nous contenterons de recueillir quelques indications certaines à l'aide desquelles le lecteur pourra refaire, couplet par couplet, l'histoire de son poëte bienaimé.

Pierre-Jean de Béranger, un véritable enfant de Paris, comme Molière , son voisin , qui est né sous le Pilier des Halles , vint en ce monde, qu'il devait remplir de ses sages, héroïques et gais refrains, le 19 août 1780, dans la rue Montorgueil, au n** 50, tout près des Halles. Cette maison de la rue Montorgueil a été démolie récemment pour faire place au nouveau marché, que l'on pourrait appeler le Rocher de Cimcale; il sera donc impossible à l'avenir de placer même un marbre sur cette modeste demeure, qu'on eût visitée comme on visite aujourd'hui encore la maison de Corneille. — J'imagine que notre poëte a dû se consoler bien volontiers. H vint donc au monde

« Chez lin tailleur, son pauvre et vieux grand-père. »

Mais, en revanche, le père de Réranger était un vrai belesprit, animé de toutes les heureuses passions et ne doutant de rien, non, pas même qu'il ne fût bon gentilhomme, et qu'il ne devînt très-riche, un jour ou l'autre; si bien que la première enfance du petit Jean resta confiée au pauvre et vieux grand-père, qui l'entoura de bienveillance, d'indulgence et de honte. Oji le gronda peu, on l'aima

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beaucoup, on lui permit de s'instruire lui-même, au hasard de son bon cœur; bref, on le laissa être heureux tout à son aise : Tesprit y gagna, le cœur aussi. D'ailleurs, les événements de ces grandes époques apportaient, et de reste, à Fàme qui savait les comprendre leurs enseignements et leurs leçons. La Bastille croulante devait être un profond sujet de grandes méditations, môme pour un enfant de neuf ans, et rétablissement solennel de ces nouvelles libertés faisait assez de bruit pour trouver attentif ce même petit garçon qui vivait chez sa tante paternelle, dans une auberge de Péronne. Jusqu'à seize ans, en effet, le jeune homme destiné à ce grand avenir habita cette aimable petite ville dont le souvenir lui est resté cher toute sa vie. Jeunesse heureuse! L'enfant avait trouvé, pour l'aimer tout d'abord, son vieux: grand-père ; le jeune homme devait rencontrer dans sa bonne tante une mère véritable, une mère affable, indulgente, qui lui laissait tout son loisir pour lire, pour se promener, pour rêver. — Il lut Télémaque, il lut quelques volumes épars de la Correspondance de Voltaire, il put s'enivrer à loisir dans l'enchantement de la poésie de Racine. 11 fit quelque chose de plus étonnant, il fit sa première comnnmion, et l'on eût dit que l'église de Péronne n'attendait plus, pour se fermer, que cette solennité dernière. — Béranger vient d'écrire une chanson", le Baptême de Voltaire :

I)ig din don, /

Que n'avez-vous un bourdon?

Si Voltaire avait été baptisé cinquante ans après Béranger, il aurait raconté , n'en doutez pas , dans un poëme rempli de sa verve étincelante, le baptême de Béranger.

Cependant la rêverie de notre jeune homme n'avait pas été si loin, qu'il n'eût fallu penser à gagner sa vie. Le grand-père et la tante de Péronne étaient des esprits positifs; ils voulaient bien qu'on fût heureux, mais ils voulaient aussi que l'on fût honnête homme et qu'on eût un état : l'enfant avait été placé comme apprenti chez M. Laisnez, imprimeur à Péronne même. C'est un beau métier, ce métier de compositeur d'imprimerie : il occupe la

Que nous ilonnons dans colto nouvelle (':!il ion.

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