XXXII NOTICE
reviiiL à Paris, où son père, retrouvanl ce grand garçon de dix-huil ans, d\in bon sens si calme, d\me raison si niûre, d'une vie si correcte, lui prédit, en reinbrassant, qu'il sérail... un gros banquier! — Le gros banquier cependant ne rèvail que de prose, et de vers, et de comédies; il écrivit une comédie, les llermaplirodites, où il livrait à la risée publique cette queue insolente de la jeunesse dorée, que le fds de Fréron avait mise à la mode; mais à peine Béranger eutil touché à la comédie, que la comédie lui fit peur, tant il la trouva grande et tine dans les œuvres de Molière. La satire? C'était plus facile; Horace Tavait tentée avec un rare bonheur. Oui; mais quel métier cruel! quelle triste vie! crier toujours! quelles misérables colères, dans ces époques qui avaient tant besoin de consolations et d'espérances !
L'épopée, à la bonne heure ! Le poëme épique, c'était un beau rêve, à l'époque, déjà brillante, où le génie de Bonaparte rêvait qu'il serait un jour le premier de cette République, devenue un euqiire. — Pendant que notre poëte rêve ainsi à la gloire d'Homère, la pauvreté d'Homère frappe à sa poi'ie; la pauvreté sérieuse, austère, sans pitié, mais non pas sans consolations et sans espérances, qui brise les faibles cœurs, qui ne peut rien contre les grands cœurs.
« J'étais si pauvre!... La plus petite partie de plaisir me forçait « à vivre pendant huit jours d'une maigre panade que je foisais (( moi-même, tout en entassant rime sur rime, et plein de l'espoii « d'une gloire future. Bien qu'en vous parlant de cette riante « époque de ma vie, où, sans appui, sans pain assuré, sans in- <( slruction,je rêvais un avenir, sans négliger les plaisirs du pré- « sent, mes yeux se mouillent de larmes involontaires. Oh! que h\ « jeunesse est une belle chose, puisqu'elle peut répandre son cliarme « jusque sur la vieillesse, cet âge si déshérité et si pauvre! Employez « bien ce qui vous en reste, ma cliôre amie ; aimez et laissez-vous « aimer. J'ai bien connu ce bonheur : c'est le plus grand de la <( vie. »
On retrouve dans ces quelques lignes la behe, l'heureuse, la douce chanson qu'Horace aurait pu écrire, mais non pas avec cet enthousiasme sincère et passionné :
Dans un grenier, qu'on est bien à vingt ans !