‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 101 sur 174 · LE JUIF ERRANT · texte numérisé non relu

LE JUIF ERRANT

Air du Chasseur rouge, cTAmèdée de Beauplan.

Chrétien, au voyageur souffrant

Tends un verre d'eau sur ta porte.

Je suis, je suis le Juif errant,

Qu'un tourbillon toujours emporte. (Bis.)

Sans vieillir, accahlé de jours,

La fin du monde est mon seul rêve,

Chaque soir j'espère toujours;

Mais toujours le soleil se lève.

Toujours, toujours, (Bis.) j Tourne la terre où moi je cours, ) Toujours, toujours* toujours, toujours.

Depuis dix-huit siècles, hélas!

Sur la cendre grecque et romaine, Sur les débris de mille États, L'affreux tourbillon me promène.

J'ai vu sans fruit germer le bien, Vu des calamités fécondes; Et, pour survivre au monde ancien, Des (lois j'ai vu sortir deux mondes.

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Dieu m'a changé pour me punir :

A tout ce qui meurt je m'attache.

Mais du toit prêt à me bénir

Le tourbillon soudain m'arrache.

Plus d'un pauvre vient implorer

Le denier que je puis répandre,

Qui n'a pas le temps de serrer

La main qu'en passant j'aime à tendre.

Toujours, toujours.

Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours

Seul, au pied d'arbustes en fleurs, Sur le gazon, au bord de l'onde, Si je repose mes douleurs, J'entends le tourbillon qui gronde.

Eh ! qu'importe au ciel irrité Cet instant passé sous l'ombrage?

Faut-il moins que l'clernité Pour délasser d'un tel voyage?

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Que des enfants vifs et joyeux Des miens me retracent l'image ; Si j'en veux repaître mes yeux, Le tourbillon souffle avec rage.

Vieillards, osez-vous à fout prix M'envier ma longue carrière ?

Ces enfants à qui je souris, Mon pied balaira leur poussière.

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Des murs où je suis né jadis,

Retrou vé-je encor quelque trace ;

Pour m'arrêter je me roidis,

Mais le tourbillon me dit : « Passe !

« Passe ! » et la voix me crie aussi :

« Reste debout quand tout succombe.

« Tes aïeux ne t'ont point ici

« Gardé de place dans leur tombe. »

Toujours, toujours,

Tourne la terre où moi je cours,

Toujours, toujours, toujours, toujours.

J'outrageai d'un rire inhumain L'Homme-Dieu respirant à peine...

Mais sous mes pieds fuit le chemin ; Adieu, le tourbillon m'entraîne. (Bis.) Vous qui manquez de charité, Tremblez à mon supplice étrange :

Ce n'est point sa divinité, C'est l'humanité que Dieu venge.

Toujours, toujours, (Bis.) Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Bis

COUPLET

Ain : Trouverez-vous un parlement f

Notre siècle, penseur brutal, Contre Delille s'évertue.

Tel vécut sur un piédestal Qui n'aura jamais de statue.

Artiste, poëte, savant, A la gloire en vain on s'attache ; C'est un linceul que (rop souvent La postérité nous arrache.

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