‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 102 sur 174 · LA FILLE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU PEUPLE

Air d' Aristi ppe.

Fille du peuple, au chantre populaire

De ton printemps tu prodigues les fleurs.

Dès ton berceau tu lui dois ce salaire :

Ses premiers chants calmaient tes premiers pleurs,

Va, ne crains pas que baronne ou marquise

Veuille à me plaire user ses beaux atours.

Ma Muse et moi nous portons pour devise :

Je suis du peuple, ainsi que mes amours.

Quand, jeune encor, j'errais sans renommée, D'anciens châteaux s'offraient-ils à mes yeux. Point n'invoquais, à la porte fermée, Pour m'introduire, un nain mystérieux.

Je me disais : Tendresse et poésie Ont fui ces murs, chers aux vieux troubadours. Fondons ailleurs mon droit de bourgeoisie : Je suis du peuple, ainsi que mes amours.

Fi des salons où l'ennui qui se berce Bâille entouré d'un luxe éblouissant î Feu d'artifice éteint par une averse, Quand vient la joie^ elle y meurt en naissant.

En souliers lins, chapeau frais, robe blanche, Tu veux aux champs courir tous les huit jours ;

Viens ; tu me rends les plaisirs du dimanche : Je suis du peuple, ainsi que mes amours.

Quelle beaulé, simple dame ou princesse, A plus que toi de décence et d'attraits ; Possède un cœur plus riche de jeunesse, Des yeux plus doux et de plus nobles traits? Le peuple enlin s'est fait une mémoire : J'ai pour ses droits lutté contre deux Cours; Il te devait au chantre de sa gloire : Je suis du peuple, ainsi que mes amours.

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