‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 108 sur 174 · LES CINQ ÉTAGES · texte numérisé non relu

LES CINQ ÉTAGES

Air : Dans cette maison à quinze ans.

Ou : J'étais bon chasseur autrefois.

Dans la soupente du portier Je naquis au rez-de-chaussée.

Par tous les laquais du quartier, A quinze ans, je fus pourchassée.

Mais bientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur, Et je mon le au premier étage, ii. 50

Là, dans un riche appartement,

Mes mains deviennent des plus blanches;

Grâce à l'or de mon jeune amant,

Là, tons mes jours sont des dimanches;

Mais, par trop d'amour emporté,

11 meurt. Ah! pour moi quel veuvage!

Mes pleurs respectent ma beauté,

Et je monte au deuxième étage.

Là, je trompe un vieux duc et pair Dont le neveu touche mon âme :

Ils ont, d'un feu payé bien cher, L'un la cendre et l'autre la flamme.

Vient un danseur; nouveaux amours!

La noblesse alors déménage.

Mon miroir me sourit toujours, Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais, Oui me croit et veuve et baronne; Puis deux financiers vieux et laids; Même un prélat, Dieu me pardonne !

Mais un escroc que je chéris Me vole en parlant mariage.

Je perds ton t ; j'ai des cheveux gris, Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier :

Des nièces me sonl nécessaires; .Nous scandalisons le quartier, .Nous nous moquons des commissaires.

Mangeant mon pain à la vapeur, Des plaisirs je lais le ménage.

Trop vieille enfin, je leur lais peur, Et je monte au cinquième étage.

Dans la mansarde me voilà.

Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu, je finis là Ma vie au printemps si joyeuse.

Je conte à mes voisins surpris Ma fortune à différents âges, Et j'en trouve eneor des débris En balayant les cinq étages.

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