‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 109 sur 174 · L'ALCHIMISTE · texte numérisé non relu

L'ALCHIMISTE

Air de la bonne vieille, ou d'Arislippe.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste,

Tirer de l'or des métaux indigents.

Et, faisant plus pour moi, que l'âge attriste,

Me rajeunir, par de secrets agents.

J'ouvre ma bourse à ta science occulte;

Mon cœur crédule au grand œuvre a recours;

Chacun pourtant conservera son culte :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jouis

Sur ce brasier souffle donc en silence,

Ou d'un vieux livre interroge les mots47.

Ton art est sur: le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L'œil sur ce feu, que tu rêves de choses!

Vois-tu déjà le sourire des cours?

Moi, pour mon front je n'attends que des roses :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Ivre d'espoir, quel délire t'égare!

« 0 rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux!

« J'aurai plus d'or que Cortez et Pizarre

« N'en ont conquis pour d'autres que pour eux. »

Naguère encor, toi qui vivais d'aumônes,

Déjà l'orgueil rugit dans tes discours.

Achète au poids et sceptres el couronnes :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence;

Rends à mon a me un corps plus vigoureux;

À mon esprit ôte l'expérience;

Souffle en mon cœur un sang plus généreux.

Puis, l'échappant de ton palais de marbre,

En char pompeux bercé sur le velours,

Vois-moi dormir, heureux au pied d'un arbre :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaul la richesse;

Mais j'aime encor; je possède, el, cenl lois,

J'ai craint de voir ma trop jeune maîtresse

Compter mes ans et les siens pur ses doigts.

DE BÉKANGER. 237

C'est du soleil qui sied à sa peau brune;

C'est de l'été qu'il faut à nos amours!

Celle que j'aime est sourde à la fortune :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle?

Rien ! te voilà plus pauvre, et moi plus vieux.

« Non, non, dis-tu, demain lune nouvelle;

« Recommençons; demain nous serons dieux. »

Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressantes

J'ai (ant besoin, que je te crois toujours.

Sur mon front nu vois ces rides naissantes :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

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