‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 111 sur 174 · LA FEMME DU BRACONNIER · texte numérisé non relu

LA FEMME DU BRACONNIER

Air : Soir et matin sur la fougère.

Un enfant dort à sa mamelle; Elle en porte un autre à son dos, L'aîné, qu'elle traîne après elle, Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu'il courrouce Au loin le père est prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne Ja Rousse :

On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse et parée;

Elle cousait, chantait, lisait.

Du magisler (il le adorée,

Par son bon cœur elle plaisait,

J'ai pressé sa main blanche et douce,

En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

\}\\ fermier ricin; et de son âge, Qu'elle espérait voir son (''poux,

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DE BERANGEU. 241

La quitta, parce qu'au village

Ou riait de ses cheveux roux.

Puis deux, puis trois ; chacun repousse

Jeanne, qui n'a pas un denier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

Mais un vaurien dit : « Rousse ou blonde, « Moi, pour femme je te choisis.

« En vain les gardes font la ronde ; « J'ai bon repaire et trois fusils.

« Faut-il bénir mon lit de mousse, « Du château payons l'aumônier. »

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

Doux besoin d'être épouse et mère Fit céder Jeanne, qui, trois fois, Depuis, dans une joie amère, Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants ! chacun d'eux pousse, Frais comme un bouton printanier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

Quel miracle un bon cœur opère !

Jeanne, fidèle à ses devoirs, Sourit en cor ; car de leur père

Ses fils auront les cheveux noirs.

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Elle sourit ; car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

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