‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 112 sur 174 · LES RELIQUES · texte numérisé non relu

LES RELIQUES

Air : Donnez-vous la peine d'attendu'.

D'un saint de paroisse en crédit Seul un soir je baisais la châsse.

Vient un bon vieillard qui me dit :

Veux-tu qu'il parle? Oh ! oui, de grâce Oui, dis-je ; et me voilà béant.

Voilà qu'il l'ait des croix magiques ; Voilà le saint sur son séant, Qui dit, d'un ton de mécréant :

« Dévots, baisez donc mes reliques ; a Raisez, baisez donc mes reliques. »

11 rit, ce squelette incivil,

11 rit à s'en tenir les côtes.

« Depuis huit siècles, poursuit-il,

« Je grille en enfer pour mes fautes ;

« Mais un prêtre au nez bourgeonné,

« Pour mieux dîmer sur ses pratiques.

« Par un tour bien imaginé, « Fit un saint des os d'un damné, a Dévols, baisez donc mes reliques ; « Baisez, baisez donc mes reliques.

« De mon temps je fus bateleur,

« Ribaud, filou, témoin à gage ;

« Puis, en grand m'étant fait voleur,

« J'eus d'un baron mœurs et langage.

« De leurs châsses, dans mes larcins,

« J'ai dépouillé les basiliques ;

« Au feu j'ai jeté de bons saints :

« Du ciel admirez les desseins.

« Dévots, baisez donc mes reliques;

« Baisez, baisez donc mes reliques.

« Baisez, sous ce dais de velours, « La sainte qu'on prîra dimanche.

« C'est une Juive, mes amours, « Dont l'œil fut noir et la peau blanche. « Grâce à ses charmes réprouvés, « Dix prélats sont morts hérétiques ; « Vingt moines sont morts énervés :

« Trouvez mieux, si vous le pouvez.

« Dévots, baisez donc ses reliques ; « Baisez, baisez donc ses reliques.

« Près d'elle est un vieux crâne étroit ; « Baisez ce saint d'une autre espèce :

« Jadis de larron maladroit « 11 devint bourreau plein d'adresse.

« Nos rois, pour se bien divertir, « L'occupaient aux fêtes publiques.

« Hélas ! je lui dois, sans mentir, « L'honneur de passer pour martyr.

« Dévots, baisez donc ses reliques ; « Baisez, baisez donc ses reliques.

a Sous les noms de pieux patrons, « Ainsi nos corps, mis en spectacle, « Font pleuvoir l'argent dans les troncs « C'est là notre plus grand miracle.

« Mais du diable j'entends le cor.

« Bonsoir, messieurs les catholiques. »

Il se recouche, et vole encor Sur l'autel un crucifix d'or.

Dévots, baisez donc des reliques !

Baisez, baisez donc de» reliques !

f)E BÉRANGER. 245

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