MAI
Ai» de la liépublique.
Finissez-en, nos frères de Belgique, Faites un roi, morbleu! finissez en.
Depuis huit mois, vos airs de république Donnent la fièvre à tout bon courtisan. D'un roi toujours la matière se trouve : C'est Jean, c'est Paul, c'est mon voisin, c'est moi. Tout œuf royal éclôt sans qu'on le couve : Faites un roi, morbleu! faites un roi; Faites un roi, faites un roi.
Quels biens sur vous un prince va répandre! D'abord viendra l'étiquette aux grands airs; Puis des cordons et des croix à revendre; Puis ducs, marquis, comtes, barons et pairs; Puis un beau trône, en or, en soie, en nacre, Dont le coussin prête à plus d'un émoi ; S'il plaît au ciel, vous aurez même un sacre : laites un roi, morbleu! (ailes mi roi; Faites un roi, faites un roi.
Puis vous aurez baisemains et parades, Discours et vers, feux d'artifice et fleurs ; Puis force gens qui se disent malades Dès qu'un bobo cause au roi des douleurs. Bonnet de pauvre et royal diadème Ont leur vermine; un dieu fit cette loi. Les courtisans rongent l'orgueil suprême : Faites un roi, morbleu! faites un roi; Faites un roi, faites un roi.
Gbez vous pleuvront laquais de toute sorte; Juges, préfets, gendarmes, espions; Nombreux soldais pour leur prêter main-forte; Joie à brûler un cent de lampions.
Vient le budget! nourrir Athène et Sparte Eût, en vingt ans, moins coûté, sur ma foi; L'ogre a dîné ; peuples, payez la carte : Faites un roi, morbleu! faites un roi; Faites un roi, faites un roi.
Mais quoi! je raille; on le sait bien en France : J'y suis du trône un des chauds partisans. D'ailleurs, l'histoire a répondu d'avance : Nous n'y voyons que princes bienfaisants. Pères du peuple, ils le font pâmer d'aise ; Plus il s'instruit, moins ils en ont d'effroi ; Au bon Henri succède Louis Treize :
Faites un roi, morbleu! faites un roi; Faites un roi, faites un roi.