‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 128 sur 174 · ADRESSÉE AU GENERAL SEBASTIANI · texte numérisé non relu

ADRESSÉE AU GENERAL SEBASTIANI

Air : Le premier du mois de janvier.

Un ministre veut m'enriehir Sans que l'honneur ait à gauchir, Sans qu'au Moniteur on m'affiche.

Mes besoins ne sont pas nombreux ; Mais, quand je pense aux malheureux, Je me sens né pour être riche.

Avec l'ami pauvre et souffrant On ne partage honneurs ni rang; Mais l'or, du moins, on le partage.

Vive l'or! oui, souvent, ma foi, Pour cinq cents francs, si j'étais roi, Je mettrais ma couronne en gage.

Qu'un peu d'argent pleuve en mon trou, Vite il s'en va, Dieu sait par où !

D'en conserver je désespère.

Pour recoudre à fond mes goussets,

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J'aurais dû prendre, à son décès, Les aiguilles de mon grand-père.

Ami, pourtant gardez votre or.

Las! j'épousai, bien jeune encor, La Liberté, dame un peu rude.

Moi, qui dans mes vers ai chanté Plus d'une facile beauté, Je meurs l'esclave d'une prude.

La Liberté, c'est Monseigneur, Une femme folle d'honneur; C'est une bégueule enivrée Qui, dans la rue ou le salon, Pour le moindre bout de galon, Va criant : A bas la livrée!

Vos écus la feraient damner.

Au fait, pourquoi pensionner Ma Muse indépendante et vraie?

Je suis un sou de bon aloi; Mais en secret argentez-moi, Et me voilà fausse monnaie.

Gardez vos dons : je suis peureux.

Mais, si d'un zèle généreux Pour moi le monde vous soupçonne, Sachez bien qui vous a vendu :

Mon cœur est un luth suspendu, Sitôt qu'on le touche, il résonne,

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LA

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